Au sein d'une fabrique de coupes

Au début du XIX° siècle, on découvre la flute à Champagne :
« Nous ne pouvons passer ici sous silence l’heureuse innovation que ce convive aimable vient d’introduire dans la philosophie du couvert. Certaines personnes préfèrent le vin mousseux de Champagne à celui qui ne l’est pas : elles pourront boire dorénavant le premier dans des verres de dix-huit pouces de hauteur, dont la capacité favorise l’abondance de la mousse, sans offrir au palais une quantité rebutante de liquide réel. »

C’est sous la Régence que le Champagne est devenu le vin de fête que l’on connaît. Les diners fins exigeaient des mets aphrodisiaques : huîtres, truffes et Champagne… Pour ce on utilisait des coupes qui sont restées en usage dans nos familles jusqu’à ces dernières années. Si la coupe est délaissée aujourd’hui, c’est parce que sa forme évasée conserve mal l’arôme et les bulles, et le vin s’y évente rapidement. La mousse s’y forme mal et ne tient pas, le bouquet se disperse.

On dit que cette coupe fut moulée sur le sein de la Pompadour. La maîtresse de Louis XV était connue comme grande amatrice de champagne. N’aurait-elle pas dit que le « Champagne est le seul vin qui laisse la femme belle après qu’elle l’ait bu. »

Alors, Mona, si la coupe a été moulée sur le sein de Jeanne-Antoinette Poisson, épouse Le Normant d’Étiolles, marquise de Pompadour, pouvez vous me dire sur qui a été moulé la flute ?

Prenez votre temps, réfléchissez… en attendant buvons une flute de Champagne. J’ai retenu le Clos des Goisses 1999 élaboré par la maison Philipponnat. Un vin très puissant et peu dosé.

Dernières coupes moulées artisanalement

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Louis XVI et Marie-Antoinette se marièrent le 16 mai 1770. Ils étaient respectivement âgés de 16 et 14 ans. Bien que le Roi soit un colosse (il mesurait 1,93 m), il dut attendre plus de sept années avant de consommer le mariage. En effet, il souffrait d’un phimosis qui l’empêchait d’accomplir son devoir conjugal au grand dam des Cours de France et d’Autriche.

Enfin, le 11 décembre 1778, la Reine sentit les premières douleurs. La famille royale, les princes du sang et les grandes charges passèrent la nuit dans les pièces proches de la chambre de la reine. Madame[1], fille du roi, vint au monde avant midi le 19 décembre. L’usage de laisser entrer indistinctement toute personne qui se présentait au moment de l’accouchement des reines fut observé avec une telle exagération, qu’à l’instant où l’accoucheur Vermond dit à haute voix : « La Reine va accoucher« , les flots de curieux qui se précipitèrent dans la chambre furent si nombreux que la reine fut incommodée. Le roi avait eu, dans la nuit, la précaution de faire attacher avec des cordes les immenses paravents de tapisserie qui environnaient le lit de sa majesté : sans cette précaution ils auraient à coup sûr été renversés sur elle. Il ne fut plus possible de remuer dans la chambre : elle se trouva remplie d’une foule si mélangée, qu’on pouvait se croire dans une place publique. Deux savoyards montèrent sur des meubles pour voir plus à leur aise la reine placée en face de la cheminée, sur un lit dressé pour le moment de ses couches.

Le bruit, la déception d’avoir une fille[2] ou une faute de l’accoucheur eurent de graves conséquences sur la jeune mère. Elle se pâma ; l’accoucheur cria : « De l’air, de l’eau chaude!  Il faut une saignée au pied! » Les fenêtres avaient été calfeutrées ; c’est le Roi, lui-même qui les ouvrit précipitamment alors qu’elles étaient d’une très grande hauteur et collées avec des bandes de papier pour protéger les appartements du froid.
Le bassin d’eau chaude n’arrivant pas assez vite, l’accoucheur dit au premier chirurgien de la Reine de piquer à sec; il le fit, le sang jaillit avec force, la reine ouvrit les yeux. On avait emporté à travers la foule la princesse de Lamballe sans connaissance.
Les valets de chambre durent évacuer sans ménagement les curieux indiscrets qui, profitant du spectacle, n’étaient pas pressés de sortir de la chambre.

Le Roi décida sur le champ d’abolir l’usage de l’accouchement en public. Les princes et les ministres suffiront pour attester la légitimité d’un prince héréditaire.

La chambre dégagée, la Reine retrouva ses esprits et fut replacée dans son lit. Ouf !

Mais, ma petite Mona, vous tremblez ; vous avez eu peur ? C’est fini, la Reine va bien ; allez on va faire péter une roteuse pour célébrer le premier enfant du Roi : le blanc de blanc de Ruinart est d’une rare élégance.


[1] Ou Madame Royale, prénommée Marie-Thérèse Charlotte
[2] La Reine connut le sexe de l’enfant grâce à un signe convenu avec la princesse de Lamballe

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Pendant des siècles, les enfants de la noblesse avaient un chemin tout tracé. L’ainé héritait du titre et embrassait les armes; le second, quand à lui était destiné aux ordres ecclésiastiques.
C’est ce qui arriva à Gabriel-Charles de Lattaignant. Durant plus de vingt ans, bien que décrit par ses contemporains comme laid, il fut connu pour ses vers libertins et ses nombreuses conquêtes féminines.

Ainsi un de ses contemporains le présente ainsi :

Nouvel Anacréon[1], l’abbé de Lattaignant a chanté le vin, l’amitié et l’amour ; ses vers sont les enfants du badinage ; Bacchus a été son Apollon ; la jeune Iris était sa Muse ; et une table environnée d’amis, son cabinet ou son Parnasse. Poète et auteur, mais par un double prodige, poète sans fiel, et auteur sans travail, jamais l’envie, la haine, l’animosité, la vengeance n’ont animé ses écrits ; et si ses vers sont le fruit de ses veilles, c’est qu’il veillait avec les Plaisirs

Si on lui doit la chanson enfantine « J’ai du bon tabac… », il était surtout connu pour ses poèmes chantant l’amour. Libertin mais instruit, il se plait à contourner les règles dues à son statut. Ainsi, il laissera nombre de poèmes employant des métalepses[2]. Ses poésies galantes sont en fait. Son poème galant le plus connu « Le mot et la chose » est une évocation de l’amour, mais sans jamais en prononcer le mot

Le mot et la chose

Madame, quel est votre mot
Et sur le mot et sur la chose ?
On vous a dit souvent le mot,
On vous a souvent fait la chose.
Ainsi, de la chose et du mot
Pouvez-vous dire quelque chose.
Et je gagerai que le mot
Vous plaît beaucoup moins que la chose !

Pour moi, voici quel est mon mot
Et sur le mot et sur la chose.
J’avouerai que j’aime le mot,
J’avouerai que j’aime la chose.
Mais, c’est la chose avec le mot
Et c’est le mot avec la chose ;
Autrement, la chose et le mot
À mes yeux seraient peu de chose.

Je crois même, en faveur du mot,
Pouvoir ajouter quelque chose,
Une chose qui donne au mot
Tout l’avantage sur la chose :
C’est qu’on peut dire encor le mot
Alors qu’on ne peut plus la chose…
Et, si peu que vaille le mot,
Enfin, c’est toujours quelque chose !

De là, je conclus que le mot
Doit être mis avant la chose,
Que l’on doit n’ajouter un mot
Qu’autant que l’on peut quelque chose
Et que, pour le temps où le mot
Viendra seul, hélas, sans la chose,
Il faut se réserver le mot
Pour se consoler de la chose !

Pour vous, je crois qu’avec le mot
Vous voyez toujours autre chose :
Vous dites si gaiement le mot,
Vous méritez si bien la chose,
Que, pour vous, la chose et le mot
Doivent être la même chose…
Et, vous n’avez pas dit le mot,
Qu’on est déjà prêt à la chose.

Mais, quand je vous dit que le mot
Vaut pour moi bien plus que la chose
Vous devez me croire, à ce mot,
Bien peu connaisseur en la chose !
Eh bien, voici mon dernier mot
Et sur le mot et sur la chose :
Madame, passez-moi le mot…
Et je vous passerai la chose !

Voltaire, dans sa correspondance, nous laisse un poème en réponse à une lettre de l’abbé de Lattaignant (16 mai 1778) :

Lattaignant chanta les belles ;
Il trouva peu de cruelles,
Car il sut plaire comme elles :
Aujourd’hui plus généreux,
Il fait des chansons nouvelles
Pour un vieillard malheureux.

Je supporte avec constance
Ma longue et triste souffrance,
Sans l’erreur de l’espérance :
Mais vos vers m’ont consolé;
C’est la seule jouissance
De mon esprit accablé.

Mona, mon petit, Lattaignant fut chanoine à Reims. Aussi, nous goûterons un Champagne : le rosé de Bollinger est fruité, long en bouche… du vin, quoi !


[1] Poète grec qui se consacra principalement à la poésie amoureuse et à la poésie de banquet (VI° siècle av JC)

[2] Figure rhétorique qui sert à « taire tout en disant »

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André Gustave Citroën est né le 5 février 1878. Il est le fils d’un père diamantaire néerlandais, émigré à Paris en 1873, et d’une mère polonaise. Son père se suicide alors qu’il a cinq ans.

Marqué par l’exposition universelle de 1867, il devient ingénieur de l’École polytechnique. Découvrant, lors d’un voyage avec sa famille en Pologne en 1900, un procédé permettant de produire des engrenages à doubles chevrons (devenus l’emblème de la marque) à moindre coût, il achètera le brevet et créera, à l’âge de 35 ans, une petite entreprise de mécanique, la « société des engrenages Citroën » qui comptera une dizaine d’ouvriers sept années plus tard. Appelé au chevet de la société automobile Mors en difficulté, il participera à son redressement entre 1907 et 1914, lui permettant de décupler son chiffre d’affaires. En 1912, il part à Detroit afin d’étudier le mode de production à la chaîne mis au point par Taylor et adopté par Henry Ford.

Il mettra en application ces méthodes pour produire des obus pour la « der des ders » dans une usine créée en 1915 quai de Javel à Paris. Louis Renault fit tout pour contrarier la production de ces armes. Il fit pression sur le gouvernement en rappelant qu’il employait plus de 20.000 personnes. Malgré les contrôles tatillons de l’administration, l’usine se maintient.

Une fois la paix revenue, la guerre entre les deux industriels se prolonge avec la production d’automobiles.  Il fut le premier à livrer  des voitures «prêtes à conduire» alors que ses concurrents les livraient non montées.

En 1919, il expose au salon de l’auto, la Type A. Puis les modèles se suivent : la B2 en 1921, la B10 en 1924, la B12 en 1925. Louis Renault, dont le stand est situé à chaque salon juste en face de Citroën, fulmine. En 1928, Citroën produit le tiers des voitures françaises.

Il est aussi innovateur en matière de publicité et de marketing :

- Il invente les grandes croisières : jaune (Asie), noire (Afrique) et blanche (Alaska), avec des véhicules tout-terrain équipés de chenilles et démontables.
- Il illuminera de son nom la Tour Eiffel
en 1924 utilisant plus de 250 000 ampoules.
- Il bouscule les habitudes en proposant la première automobile à «traction avant» de série.

Mais les premiers défauts de fabrication de ce modèle et sa passion pour le casino l’obligent à déposer le bilan en 1934. L’entreprise sera reprise par Michelin, son plus important créancier. Il quitte son bureau en 1935 et décédera six mois plus tard d’un cancer de l’estomac.

Ma chère Mona, rendrons un hommage à ce grand industriel en dégustant un grand Champagne : La Cuvée Substance de Jacques Selosse. Un must !!!

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Churchill_Montgomery

Le Maréchal Montgomery [1], fort de ses succès en Cyrénaïque [2], avait pris la « grosse tête ». Un jour il se piqua devant Sir Wiston Churchill et lui déclara :
« Je ne fume pas, je ne bois pas ; c’est pour cela que je suis en forme à 100%  ».

96-1Avec un sourire narquois, le premier ministre lui répondit :
« Je bois, je fume et je suis en forme à 200%. D’ailleurs, j’ai épuisé plus d’alcool que l’alcool ne m’a épuisé ».

Monty, le matamore, venait de signer le début de sa disgrâce.

Mona, si vous ne voulez pas tomber en disgrâce à mes yeux, hâtez vous de sortir deux flutes et je sers une cuvée Pol Roger Sir Winston Churchill 1998.


[1] Montgomery, Bernard Law (1887-1976), maréchal britannique qui a dirigé de nombreuses offensives alliées en Afrique et en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale.
[2] La Cyrénaïque  était une province romaine d’Afrique du Nord, située entre les provinces d’Égypte et de Numidie. Elle fait aujourd’hui partie de la Libye.

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Veuve-Clicquot

Après la chute de Napoléon en 1815, l’armée russe occupait la région de Reims. Les officiers faisaient une razzia dans les caves de la Veuve Cliquot… A l’employé venu l’avertir de la situation, elle répondit d’un sourire matois :

« Qu’on les laisse faire : ils boivent… ils paieront ! »

Depuis Rouen, elle expédia un bateau plein de Champagne qui fut sur place en Russie pour le retour des troupes victorieuses. A Saint Pétersbourg, le Cliquot coula à flot et à prix d’or.

Ce n’était pas son coup d’essai. Déjà en 1806, le Sieur Bohme, son homme de confiance, perça un secret de Cour : la Tsarine était enceinte. Le Tsar Alexandre 1er [1] espérait un héritier. Pariant sur le sexe de l’enfant, elle diligenta une cargaison qui arriva à point pour célébrer la naissance du Tsarévitch.

La Veuve Cliquot, la veuve qui avait plus d’une rus(s)e dans sa cave.

Mona bu sa petite coupe de Veuve Cliquot à votre santé.


[1] 1777 –1825, Tsar de Russie du 23 mars 1801 à sa mort, roi de Pologne de 1815 à 1825, il épouse en 1793 Louise Augusta de Bade (1779-1826). Son règne coïncida presque exactement avec celui de Napoléon, qu’il combattit à plusieurs reprises jusqu’à la bataille victorieuse de 1814. Sa mort reste mystérieuse.

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