Comme souvent avec Lépicurien, l’histoire est vue à travers le petit trou… de la lorgnette. Et même si son intervention sur les faveurs fut fort intéressante, je ne peux me satisfaire de cette histoire tragique de la belle Françoise Babou sans rappeler qu’elle fut la mère d’une dame qui laissa son nom dans l’histoire : Gabrielle d’Estrées. Maîtresse d’Henri IV, elle est était connue comme une des plus belles femmes de son temps. Et, comment en parlant de Françoise, ne pas rappeler que Louis XV est un de ses descendants ? Ah, çà vous surprend que je sache tout çà, hein ! Faudra vous y faire, Mona est plus un culte qu’inculte.

Qu’on se le dise !

Voici donc pour vous, mes petits chats, l’arbre généalogique du Bien-Aimé :

 - Laurent Babou, notaire à Bourges, épousa en mai 1483 Françoise Ra, de laquelle il eut :

- Philibert Babou, maître d’hôtel du roi, qui épousa Marie Gaudin, dont il eut :

- Jean Babou, seigneur de la Bourdaisière, maître général de l’artillerie, marié en décembre 1559 à Françoise Robertet, dont il eut :

- Françoise Babou, mariée le 14 février 1559 à Antoine d’Estrées, seigneur de Cœuvres, dont est issue :

- Gabrielle d’Estrées, surnommée la belle Gabrielle, maîtresse de Henri IV, dont est issu en 1594 :

- César, duc de Vendôme, marié en 1609 à Françoise de Lorraine, duchesse de Mercœur, dont il eut :

- Elisabeth de Vendôme, mariée le 9 juillet 1643 à Charles Amédée de Savoie, duc de Nemours ; il est issu de ce mariage, le 11 avril 1644 :

- Marie-Jeanne-Baptiste de Savoie, quia épousé en 1665 Charles Emmanuel II, duc de Savoie, dont est issu le 14 mai 1666 :

- Victor-Amédée-François de Savoie, roi de Sardaigne, qui a épousé le 10 avril 1684 Anne-Marie d’Orléans, dont il a eu le 6 décembre 1685 :

- Marie-Adelaïde de Savoie, mariée le 7 décembre 1697, à Louis de France, duc de Bourgogne ; de ce mariage est issu, le 15 février 1710 :

LOUIS XV dit le Bien-Aimé, Roi de France et de Navarre, décédé le 10 mai 1774.

Mona pas d’arbre généalogique. Par contre du vin : si…. 

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Madame Adélaïde avec sa nurse ?

Vous avez dû le remarquer : comme Lépicurien, je suis assez attirée par la famille royale et notamment au temps des Louis XIV, XV et XVI.
Alors encore un article sur cette époque. En lisant les mémoires de personnages ayant vécu à  Versailles, on s’aperçoit que les enfants étaient réellement absents de cet univers. Dans ce vaste château, il n’y avait pas de place pour eux surtout lorsqu’ils étaient en bas âge. Les enfants qui naissaient même au sein des familles les plus illustres étaient placés dès leur naissance en nourrice. On avait même prévu un « bureau de placements » à cet effet qui était chargé d’expédier les nouveau-nés dans les bourgades environnantes. En consultant les registres paroissiaux, on relève que le nombre d’enfants mourant durant leurs premières années était fort important. Plus curieux pour nous, les parents n’assistaient même pas aux obsèques.

Seuls les enfants de la famille royale habitaient au palais. Mais les liens de famille étaient très distendus. Elevés par des nourrices, des précepteurs, les enfants voyaient peu leurs parents. D’ailleurs, Louis XV, sur les conseils du Cardinal de Fleury, décida d’envoyer cinq de ses filles à l’abbaye de Fontevrault. Seule la plus jeune, Adelaïde, du haut des sept ans, réussit à attendrir son royal papa et ne partit pas.  Les quatre autres quittèrent Versailles en cette année 1738.

Victoire ne revint à la cour qu’en 1748, Sophie et Louise en 1750. Quant à Thérèse, elle ne revint pas, elle était morte en 1744 à Fontevrault.

Pourquoi Louis XV accepta-t-il de se séparer de ses enfants ? Deux hypothèses sont avancées par les historiens :

- volonté de ne pas donner un rôle trop important à la Reine, Marie Leszczyńska qui avait donné dix enfants à Louis XV,

- répondre à la volonté du Cardinal Fleury d’éloigner les enfants pour ne pas « profiter » de  la vie de débauche de la Cour et du Roi.

Mona pas d’enfants cachés. Je vous le jure…

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Vous permettez que je m'habille, oui ?

La mort de Louis XV telle qu’elle décrite par les contemporains fut atroce. Le Roi semble être mort de la petite vérole. Il faut dire que ce monarque eut une vie bien remplie. En plus de ses maîtresses officielles, il « honorait » des jeunes filles de plus en plus jeunes, de plus en plus nombreuses, notamment logées au Parc aux Cerfs. Pour éviter les maladies, il avait confié à Lebel[1] d’ »essayer » les nouvelles recrues. Ce dernier employait un personnel chargé de détecter une éventuelle maladie. Puis Lebel rentrait « en piste » (chaude, si j’ose dire) et jugeait des capacités de la nouvelle à satisfaire le Roi. Malgré tout cela, Louis XV mourra par où il avait pêché.

On explique diversement les causes de la maladie qui fut fatale à Louis XV.  Pour Voltaire, au cours d’une chasse, un convoi funèbre aurait arrêté la marche du cortège royal : le roi se serait alors approché, et aurait appris qu’on conduisait à sa dernière demeure une jeune fille morte de la petite vérole. Sa Majesté, qui n’avait jamais été vaccinée, fut atteinte aussitôt de la maladie qui avait enlevé la jeune fille.

Une autre version, la plus accréditée, semble beaucoup plus naturelle et plus vraisemblable, eu égard aux mœurs licencieuses du monarque. La voici dans toute sa crudité :
Le roi était en effet fort triste ; son plus grand mal était l’ennui. Blasé de tout , le monarque passait sa vie à la chasse ou dans le boudoir de sa maîtresse, dont les saillies indécentes n’avaient même plus le pouvoir de le distraire.
Un jour, à la chasse, le roi avait rencontré une fille âgée d’environ quatorze ans. Elle était jolie, et Louis XV ne cacha point le plaisir que sa vue lui inspirait. La Du Barry, l’ayant appris, dépêcha Lebel, pourvoyeur des libertinages de Sa Majesté, auprès des parents de la jeune fille, et, moyennant une somme raisonnable, il amena celle-ci à Trianon.

En général, quand une jeune fille recevait l’honneur de la couche royale, elle était à l’avance visitée par un médecin, chargé de constater que le sujet était sain et incapable de communiquer aucune maladie à son éphémère amant. Mais cette fois, la jeune fille était si fraîche, avait l’air si bien portante, qu’on négligea de prendre la précaution habituelle. Elle fut décrassée, parfumée, et le soir même, Louis XV la trouva dans son lit. Or, la jeune fille couvait en ce moment le germe de la petite vérole, et Sa Majesté le puisa aux sources d’un plaisir imparfait. En effet, le Roi avait 65 ans et le viagra n’existait pas… Dur, dur…

Mona, c’est une fin terrible. Le Roi a souffert durant plusieurs jours. Devant la maladie, tout le monde le fuyait… Je vous propose que nous abrégions les souffrances de cette bouteille. Deux verres, je vous prie que nous étranglions ce Château Baulos-Charmes 2006. Sean Matthis-Meynard nous livre un vin soyeux et « charmant » à Léognan.


[1] Premier valet de chambre de Louis XV

http://www.pessac-leognan.com/accueil.php?l=fr
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Le fameux bleu de Sèvres (ou de chèvre ?)

Madame de Pompadour fut souvent l’inspiratrice de Louis XV notamment en matière d’arts. Ainsi elle lui fit acquérir la Manufacture de Sèvres. Son ambition était de percer le secret de la porcelaine dure fabriquée en Saxe. Dans « Bleu de Sèvres », Jean-Paul Desprat nous relate avec talent cette affaire d’espionnage qui amènera Sèvres au firmament. Bien sûr comme toujours dans les romans historiques, il faut accepter que les héros soient toujours au bon moment et bon endroit… mais c’est tellement bien documenté et le rythme si enlevé que l’on se laisse porter par l’auteur. Ce roman se lit comme un policier.

Je ne trahirais pas ce texte pour vous laisser le suspense. Aussi je me contenterai de parler très brièvement de Böttger. Ce jeune chimiste fut au service de l’Electeur de Dresde qui l’embaucha pour travailler au secret de la « teinture rouge », c’est-à-dire la transmutation de l’argent en or. La croyance des alchimistes était qu’en chauffant de l’argent à des températures dont personne n’avait eu la maîtrise jusque là, on parviendrait à le transmuer en or.

C’est au cours de ses recherches que Böttger eut l’idée d’utiliser une terre extrêmement réfractaire et de la mélanger à de l’albâtre, qui une fois fortement chauffée devint une céramique très dure….La Saxe eut le monopole de la « porcelaine dure » en Europe durant 60 ans.

Mona pas de Sèvres, mais elle mange du chèvre…. et vous ?

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Les Bourbons ont tous été passionnés par la chasse. Louis XIII avait fait construire un pavillon de chasse à quelques lieues du Louvre pour pouvoir chasser le plus longtemps possible et pouvoir se reposer sans avoir la contrainte de rejoindre Paris. Son fils, le roi Soleil, le conservera précieusement en l’agrandissant sans cesse pour en faire le Château de Versailles.

Dès leur prime enfance, les princes étaient conditionnés. Ainsi un certain Barbier rapporte que le futur Louis XV, âgé de 6 ans, avait des divertissements peu habituels : dans une vaste salle, étaient réunis un millier de moineaux, au milieu desquels on lâchait les oiseaux de la fauconnerie : le sang, les plumes tombées à terre, les cris et l’effroi des moineaux, amusaient fort le jeune prince. Agé de 13 ans, il se rendit à la Muette avec une biche qu’il avait nourrie et élevée. Il décida de la tuer. Il l’a fit éloigner, il tira et la blessa. La biche revint vers lui ; il la fit remettre au loin, et tira une seconde fois et la tua.

Sur les registres de Versailles, on relève un nombre de plus de 100 cerfs tués, chaque année, par Louis XV.

Heureusement, semble dire le chroniqueur, à l’âge de 26 ans, il se mit en chasse d’un autre gibier : les femmes. Ce changement sauva la vie à nombre de cervidés…

Mais ironie de l’histoire, on retrouve des cerfs au milieu des femmes. Madame de Pompadour, maîtresse du Roi, ayant cessé toute relation physique après quelques années, souhaitait conserver son rôle de favorite. Pour combler cette absence, fut créé avec sa complicité, le « Parc aux Cerfs« . Cette demeure toute proche du château était le logement d’un véritable harem à disposition du Roi… C’est là que Louis XV s’enticha de la du Barry.

Enfin, le 10 mai 1774 dans sa 64e année, après un règne de cinquante-neuf ans, Louis XV ne mourut pas d’un accident de chasse, mais de la petite vérole.

Pour accompagner un filet de biche, Mona, je vous propose un Cornas 2000 de Thierry Allemand. Un vin alliant puissance retenue et finesse. Chapeau bas…

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Ma Chère Mona, vous allez penser que je me suis pris de passion pour le règne animal. Je dois dire que votre article sur l’histoire de Zarafa m’a inspiré. Et après la girafe, l’orang-outan, place au rhino.

En mars 1749, sous le règne de Louis XV, un capitaine hollandais débarqua à Paris avec un énorme rhinocéros qui déplaça les foules. Le pachyderme qu’on n’avait encore jamais vu en France, fut conduit deux fois à Versailles. Le Roi voulut même acheter l’animal, mais il recula devant les 100.000 écus qu’en demanda son propriétaire. Néanmoins, une mode fut lancée, des « coiffures à la rhinocéros » apparurent, nombre d’écrits furent publiés. Ainsi dans un courrier adressé à Diderot, Frédéric-Melchior Grimm écrit :

On prétend qu’il pèse cinq mille livres. Pour le transporter par terre, on utilise une voiture ouverte trainée par vingt chevaux (la fameuse auto-rhino – ndlr qu’a peur de rien). Il mange par jour jusqu’à  soixante livres de pain et il boit quatorze seaux d’eau. Il aime tout, excepté la viande et le poisson.

Les femmes raffolaient de cet animal qui unissait, disait-on, à sa force prodigieuse une extrême douceur de caractère et qui léchait avec une langue douce comme du velours. Mona, ne voyez pas de moquerie de ma part à l’encontre de la gente féminine, mais, vos collègues du XVIIIème siècle n’étaient pas nettes et légèrement obsédées. Qu’en pensez vous ?

En novembre, le vaisseau qui transportait la bête de Rome à Naples fit naufrage et la mer engloutit l’animal avec tout l’argent qu’il avait fait gagner à son maître…

Ma chère Mona, vous allez voir l’à propos. Figurez vous que le Domaine de la Spinetta[1] propose un magnifique Barbaresco dont l’étiquette est ornée d’un magnifique rhinocéros. Ce magnifique vin issu du cépage Nebbiolo est un très grand vin. Ce sera pour nous l’occasion de rendre hommage à tous ces hommes qui les premiers ramenèrent pour la première fois ces animaux qui sont pourtant beaucoup plus beaux dans leur élément. Santé, Mona…


[1] Domaine viticole du Piémont (Italie)

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Robert François Damiens est resté dans l’histoire pour avoir tenté d’assassiner le roi Louis XV. Domestique chez de nombreux conseillers du Parlement de Paris, il n’entendait que récriminations contre le roi. Il en conclut que ce dernier devait être puni.

Le mercredi 5 janvier 1757, alors que Louis XV allait regagner son carrosse, Damiens le frappa avec un canif. Arrêté et emprisonné, il fut accusé de régicide. Son procès s’ouvrit le 12 février. Après dix audiences, le 2 mars 1757 il fut condamné à mort. La sentence fut exécutée le 28 février pendant plusieurs heures et dans des conditions particulièrement atroces. Il fut le dernier condamné à être écartelé en France Le 29 mars, on ordonna que sa maison natale fût rasée avec interdiction de rebâtir. Sa femme, sa fille et son père furent bannis du royaume, sous peine de mort immédiate en cas de retour, et le reste de sa famille fut contraint de changer de nom.

Monselet relate cette boucherie :

En quelque endroit qu’il portât son regard, il ne voyait que la foule, toujours la foule. La foule sous les Arcades Saint-Jean. La foule dans les premières maisons de la rue de la Mortelierie. La foule dans la rue de la Vannerie. La foule dans la rue de la Tannerie. La foule au croisement de la rue de l’Épine et de la rue du Mouton. La foule occupant toutes les issues de la place. Sur la place même, une foule compacte composée de toutes sortes d’éléments, mais surtout de gens du bas peuple. Aux fenêtres une foule élégante, coquette; des gentilshommes et des grandes dames, des grandes daines surtout, qui jouaient de leurs éventails et tenaient prêts des flacons pour prévenir les évanouissements.

Sur la place attendaient les pères confesseurs, les chevaux et les bourreaux sous les ordres de Samson, qui appartenait à la célèbre famille d’exécuteurs des hautes oeuvres. Ils maniaient des tenailles, des cuves de charbons et des liquides bouillants. A six ils ligotèrent Damiens et lui rôtirent la main droite; puis ils firent des incisions  aux mamelles où ils versèrent du plomb et de l’huile. De terreur, ses cheveux se dressèrent sur sa tête; l’odeur de chair brûlée se répandit sur la place.

Puis les chevaux entrèrent en action. Chacun était tourné vers un des quatre points cardinaux. Le supplicié lié à ces animaux par les bras et par les jambes, était de si forte corpulence, qu’on passa plus d’une heure à fouetter lès chevaux sans parvenir à l’écarteler. Pendant tout ce temps Damiens hurlait. On fit venir encore d’autres chevaux, mais en vain. Il fallut alors entailler les articulations des hanches. Damiens leva la tête pour voir ce qu’on faisait de lui. Il baisait le crucifix que les prêtres lui tendaient.

Les chevaux tirèrent à nouveau, la cuisse gauche se détacha, le peuple applaudit enfin. La cuisse droite suivit ; l’homme vivait toujours et hurlait. Puis on disloqua les clavicules. Lorsque les deux bras furent arrachés, on vit que ses cheveux avaient blanchi. Le tronc se convulsa encore, puis ce fut la fin. Les restes furent brûlés, leurs cendres jetées au vent. L’écartèlement avait duré deux heures.

Quelques historiens de mœurs ont voulu voir dans la sauvagerie du supplice et dans la curiosité du public une preuve de la cruauté du caractère français. Quiconque se souvient de l’exécution de Béatrice Cenci, des bûchers de sorcières dressés dans toute l’Europe, ou des horreurs de la Guerre de Trente ans, sait que toutes ces choses n’ont rien à voir avec le caractère particulier d’un peuple.

Mona mal à son cœur avec tout çà ; et vous ?

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Dans les Fastes de Louis XV, l’auteur, un certain Bouffonidor publie en 1782, un ouvrage en deux volumes sur la vie de Louis XV. La lecture de ces pages montre la déliquescence du pouvoir. N’oublions pas que Louis XVI était encore Roi. La préface illustre bien le dégoût que le Bien-Aimé avait suscité à la fin de son règne :

On va parler d’un Roi qui avait mérité de son peuple le doux titre de bien-aimé ; d’un Roi qui fut, dans son berceau, l’idole des Français ; à qui y dans son printemps, on éleva des statues que, dans son automne, on insulta de la manière la plus sanglante ; d’un Roi dont la mort fut, comme celle de son bisaïeul, le triomphe de la nation. Voici le moment de la vérité. Ayons le courage de tout dire et de ne rien cacher. Ne dissimulons ni les vertus, ni les vices du Monarque, ni les crimes, ni les forfaits des esclaves, des roués, des courtisans, des Ministres, des viles prostituées qui l’entourèrent pour son malheur et celui de ses peuples.


A propos de Madame Du Barry, l’auteur n’y va pas avec le dos de la cuillère. Ces quelques mots suffiront à illustrer :

C’est ainsi qu’on vit une catin, née dans une condition très obscure, vouée au libertinage dès sa tendre jeunesse, autant par goût que par état, n’apportant au Monarque que les restes de la prostitution de la plus vile canaille; c’est ainsi qu’on l’a vit s’asseoir presque sur le trône, et le Roi lui prodiguer le trésor public pour lui faire étaler un luxe de Reine, multiplier les impôts pour satisfaire ses fantaisies puériles, et faire dépendre le destin de ses sujets des caprices de cette folle.

Dois-je vous rappeler que cette dame est toujours en vie [1] lors de la parution de ce livre.

De même, l’auteur rapporte les attaques contre la favorite. Même au sein de la Cour, on jase… Ainsi cet ecclésiastique profite d’un sermon pour envoyer la purée :

L’abbé de Beauvais ayant obtenu l’honorable station du carême [2] de 1774, devant Louis XV, prit le parti de faire fortune par cette voie, en s’exposant ou à avoir un évêché pour prix de son zèle apostolique, ou à être enfermé à la bastille en punition de son audacieuse témérité. Il osa donc tonner en chaire contre la vie scandaleuse du Monarque. Il caractérisa spécialement sa passion pour Madame du Barry, dans une peinture énergique qu’il fit des mœurs de Salomon, dont la comparaison était sensible. « Ce Monarque, disait-il, rassasié de volupté, las d’avoir épuisé, pour réveiller ses sens flétris, tous les genres de plaisirs qui entourent le trône, finit par en chercher d’une espèce nouvelle dans les viles restes de la corruption publique. » Madame du Barry se reconnut trop bien à ce portrait pour n’être pas piquée. Elle écrivit le soir même cette lettre à l’audacieux prédicateur : « Vous venez, Monsieur l’abbé, de prêcher avec une insolence extrême, la charité, la modération ; vous avez eu la hardiesse de noircir la vie de notre Monarque aux yeux de son peuple; vous n’avez attaqué que lui, quoiqu’il fût le seul que vous deviez ménager, et dont vous deviez en quelque sorte excuser les faiblesses, devant ses sujets. Ce n’est point la charité chrétienne qui vous a inspiré ; c’est l’ambition et le seul désir de vous élever qui ont été les mobiles de votre conduite. A la place de Sa Majesté,  je vous exilerais dans quelque village éloigné, pour y apprendre à être plus circonspect, et à ne plus chercher à soulever les peuples contre les Princes que Dieu leur a donnés pour les gouverner. Je ne sais ce qu’elle fera; mais vous avez trop compté sur sa bonté. Vous ne vous attendiez pas à recevoir de moi des règles pour vous conduire, puisées dans le christianisme et la morale ; mais pour votre bien, tâchez d’en faire votre profit. Voilà mon sermon, je souhaite qu’il vous puisse être utile ». La favorite chercha, par toute voie possible, à indisposer son royal amant contre le hardi prédicateur; mais Louis XV était bon ; il ne se fâcha pas, il l’excusa même, en disant qu’il avait fait son métier, et il récompensa la station de ce nouvel Athanase, par le don de l’évêché de Sénez.

Mona pas de Royal amant ; dommage ?


[1] Elle sera guillotinée le 8 décembre 1793
[2] Se dit particulièrement des prédicateurs auxquels on assigne telle ou telle église pour y prêcher pendant l’avent ou le carême.

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marie-leczinska-boucheeLa bouchée à la Reine est un des plats les plus traditionnels de la gastronomie française. Saviez vous qu’en mangeant ce plat, vous saluez la mémoire de la femme de Louis XV ? Fille du Roi de Pologne, Marie Leczinska (1703-1768) épousa le Roi de France en 1725. Ce dernier n’avait que quinze ans, et elle, vingt-deux. Ils furent très amoureux et, pour la première fois, la Cour vit deux tourtereaux fort épris. De ces amours, naquirent dix enfants, dont seulement deux garçons (de plus l’un décéda en bas âge). Devenue une mère dévouée, elle délaissa un peu le Roi.

Louis XV se lança dans une longue vie extraconjugale et eut des maîtresses jusqu’à la fin de sa vie. Les plus connues ont pour nom Madame de Pompadour et Madame du Barry.

Dans les écrits de l’époque, la Reine est toujours présentée comme une « bonne mangeuse ». Gourmande, elle demanda à son cuisinier de lui concocter des recettes pour réactiver son appétit coïtal et lui ramener son Royal Epoux…  Seule à table, elle fit réduire la taille du vol au vent, plat à partager, pour obtenir un plat pour une seule personne.

Ainsi arriva la bouchée à la Reine. Dans la recette du XVIIIème siècle, les croûtes feuilletées sont  garnies d’un salpicon[1] fait notamment de ris de veau, de crêtes, de rognons de coq, d’amourettes, d’animelles d’agneau, de truffes et d’olives vertes.

Un régime fort aphrodisiaque mais qui n’eut que peu d’effet sur le couple !

Mais le plat passa les diverses révolutions et reste un des mets préférés des Français.

Pour réussir de belles bouchées, reportez vous comme moi à cette recette. Ne faîtes pas comme certains qui remplacent les ris de veau par des rognons blancs : çà peut donner des boutons aux jeunes femmes comme moi.

Mona pas mangé de bouchée à la reine. Elle en a pas besoin. Et vous ?

[1] Préparation de volailles, abats, champignons… coupés en petits dés et servant à garnir les bouchées à la reine ou vol au vent.

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Allégorie en l'honneur de la publication de la paix d'Aix-la-Chapelle de Jacques Dumont - Musée Carnavalet Paris

La Place de la Concorde, a été créée par l’architecte de Louis XV, Ange-Jacques Gabriel. Les travaux commencent en 1754. Elle est achevée en 1763. Son nom lors de son inauguration est évidemment : Place Louis XV.

En juin 1765, au centre de la place, fut dressée une statue équestre du Roi. Ce monument de bronze fut fixé sur un piédestal. A chacun des angles, quatre statues personnifiaient les vertus royales : Force, Amour de la Paix, Justice et Prudence.

Mais si au début de son règne, Louis XV fut surnommé le « Bien-aimé », il n’en était plus de même à cette époque. Et ce d’autant plus, que malgré la victoire de la France, c’est la Prusse qui tira le plus de bénéfice de la victoire et du  traité d’Aix. Il en reste cette expression : « travailler pour le Roi de Prusse ».

L’opinion est tellement remontée contre le gouvernement et contre son Roi qu’une main anonyme et spirituelle écrivit, sur le socle de la statue, ce distique[1] resté célèbre :

« Ah ! La belle statue! Oh! Le beau piédestal
Les vertus sont à pied et le vice à cheval. »

Mona, je ne sais pas si je suis votre bien-aimé, mais en tous cas, j’aurais bien aimé boire un coup… avant que vous ne me fassiez perdre la tête. Et pas un vin d’Argenteuil ou de Suresnes… et encore moins un Bourbon.


[1] Groupe de deux vers renfermant un énoncé complet

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louis-et-du-barry

Madame du Barry et Louis XV

La  comtesse du Barry, maîtresse de Louis XV, aimait préparer pour son royal amant des mets aphrodisiaques. Ainsi, elle lui fit servir un apprêt d’œufs de vanneau, volatile réputé au sang chaud, comme le pigeon, champion infatigable du coït, selon Aristote qui dit de lui : « il copule, en une heure 83 fois…! ».

Il faut dire que ce légume avait la réputation d’être si émoustillant qu’on le déconseillait formellement aux pucelles, comme en témoigne la confession timide d’une héroïne du « Roman bourgeois » d’Antoine Furetière (1666) :
« Si quelqu’une de nous eût mangé des asperges et des artichauts, on l’aurait montrée du doigt ; mais aujourd’hui, les jeunes filles sont plus effrontées que des pages de Cour ! ».

Revenons à la du Barry. On dit qu’elle avait obtenu la recette ci-dessus auprès d’une dame qui s’y connaissait : Marguerite Gourdan, dite la Petite Comtesse. Elle tenait une maison entièrement vouée au « culte de Vénus ». Elle publia même à l’intention de ses protégées un ouvrage au titre évocateur : « Instructions pour une jeune demoiselle qui veut faire fortune avec les charmes qu’elle a reçus de la nature« . Son établissement fut fréquenté par tout le beau linge parisien. Un passage secret permettait aux nobles et gens d’Eglise de rentrer sans attirer l’attention.
A son décès, bien que sa maison ait disparu depuis plusieurs années, les chanteurs populaires firent une chansonnette aux paroles si crues que je ne publierai que la première strophe :

Nobles maquereaux et véroles,
Versailles, Paris sont affolés !
Tous prenons le deuil dès ce matin
Pour cette tant renommée catin.
Oui, Gourdan la maquerelle est morte,
Est morte comme elle avait vécu,
La pine au cul
Le corbillard est à sa porte
Escorté par trois cents putains
La pine en mains.

Et au fait, Mona, mon petit pigeon, si vous sortiez l’assiette d’asperges et d’artichauts, moi je m’occupe de déboucher le muscat…

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