Dis donc, Loulou, tu pourrais t'intéresser à moi, hein ?

Marie-Antoinette n’a pas été épargnée par ses contemporains. Dès son mariage, des incidents et accidents furent interprétés comme des signes de mauvais augure. Puis pendant des années, son royal époux ne fréquentait pas son lit et la Cour s’impatientait. Cette Autrichienne serait-elle capable de donner un héritier à la couronne ? Alors que Louis XVI souffrait d’un phimosis, il refusait l’opération par peur et espérait une issue naturelle à ce mal (si j’ose dire). Mais ses tentatives se soldaient par des échecs répétés et le mariage n’était toujours pas consommé. C’est au bout de sept ans, pressé par le frère de sa femme venu spécialement à Versailles, qu’il se fit opérer et rapidement un bébé arriva. Manque de pot, c’était une fille… De plus, des « gens bien informés » laissaient entendre que cette grossesse n’était pas due au roi mais à tel ou tel amant supposé…

Voici une lettre (un extrait) que Marie-Antoinette adressa à sa mère Marie-Thérèse, en 1775 :

« Nous sommes dans une épidémie de chansons satiriques. On en a fait sur toutes les personnes de la Cour, hommes et femmes, et la légèreté française s’est même étendue sur le roi. La nécessité de l’opération a été le mot principal contre le roi. Pour moi, je n’ai pas été épargnée. On m’a très libéralement supposé les deux goûts, celui des femmes et des amants. Quoique les méchancetés plaisent assez dans ce pays-ci, celles-ci sont plates et de si mauvais ton qu’elles n’ont aucun succès, ni dans le public, ni dans la bonne compagnie. »

Des chansons satiriques, en effet, se moquaient ouvertement du couple royal. Un extrait d’une chanson de 1775, qui, dit-on, tomba dans les mains de celle qui était devenue Reine.

Chacun se demande tout bas
Un roi peut-il, ne peut-il pas?
La triste reine en désespère.
L’un dit qu’il ne peut ériger.
L’autre qu’il ne peut s’y nicher
Qu’il est flûte traversière.

 Ma fille ayez un successeur,
Peu importe que le faiseur
Soit devant le trône ou derrière.
Mais avant de faire un cocu,
Tâchez de l’avoir convaincu
Qu’il a le pouvoir d’être père.

 Petite reine de vingt ans
Qui traitez mal les gens.
Vous repasserez en Bavière.
En attendant ces doux instants,
Le doux fruit de vos passe-temps,
Vous aurez ma chanson, j’espère.

Mona chanté rien que pour vous !

Vous avez aimé cet article? Partagez-le :
, ,

Tout près du Panthéon, au cœur du V° arrondissement, la rue de l’Estrapade est calme. Les plus lettrés se souviennent que Charles Péguy y demeura et que Diderot y rédigea nombre d’articles de l’Encyclopédie. Au bout de la rue, on aboutit sur la place de l’Estrapade. Lieu romantique, s’il en est : place ombragée avec en son centre une des belles fontaines Wallace, des bancs qui attirent les amoureux… Un endroit plaisant.

Mais à qui rend-on hommage ? Qui est cette Estrapade ?

Et bien, mes choux, c’est un souvenir du Moyen-Age :

Tout d’abord utilisé pour les déserteurs, ce supplice servit à châtier les hérétiques, les sorcières… Il consistait à hisser avec une corde le condamné, mains liées derrière le dos, au sommet d’une haute potence. La corde était brusquement lâchée. La chute du corps était rapide et ce d’autant plus qu’on avait attaché des poids à ses chevilles. En arrivant au sol, les membres étaient en sale état, mais le gars était généralement vivant. Aussi, on hissait à nouveau la corde et le condamné avait le droit à autant de tours que nécessaire pour passer de vie à trépas.

Il fallut attendre 1776 pour que Louis XVI supprime ce mode de torture.

Mona prend chaque jour quelque chose…

Vous avez aimé cet article? Partagez-le :
, , , ,

L’année 1793, fut une des plus folles que connut la France. Les exécutions se suivirent à la chaîne. Après Louis XVI en janvier, ce fut le tour de Marie-Antoinette et des Girondins en octobre, d’Olympe de Gouges en novembre et de Madame du Barry en décembre. Cette même année, les restes des rois furent exhumés, pillés ou détruits. Les restes furent jetés dans une fosse commune.
Un texte de l’époque relate ce déchainement. C’est le « Journal historique de l’extraction des cercueils royaux, dans l’Église de Saint-Denis, fait par le citoyen Druon, ci-devant bénédictin« .

Le premier jour, le samedi 12 octobre dans l’après-midi, les ouvriers chargés des exhumations descendirent à la lueur de torches et de lanternes vers le caveau des Bourbon situé dans la galerie souterraine.
Le premier roi à être sorti de son repos est Henri IV qui apparut, momifié, incroyablement bien conservé, avec sa barbe blanche intacte et « les traits du visage parfaitement reconnaissables » selon plusieurs témoins. Le cercueil ouvert fut ensuite exposé durant plusieurs heures, dressé contre l’un des piliers du passage des chapelles basses. De nombreuses anecdotes ont circulé sur l’attitude adoptée par le public à ce moment-là, dont l’épisode légendaire d’un soldat qui va trancher la barbe d’Henri IV, le roi guerrier et conquérant, pour en faire une moustache postiche avant de s’écrier : « et moi aussi je suis soldat français et désormais, je n’aurais plus d’autres moustaches. Maintenant, je suis sûr de vaincre les ennemis de la France et je marche à la victoire ».
Le soir venu, les ouvriers partent et laissent le roi dressé seul, sur son pilier.

Deux jours plus tard, le lundi 14 octobre, le travail reprend vers 3 heures de l’après-midi. Ils prennent le corps d’Henri IV et le jettent le premier dans la fosse commune creusée spécialement pour les Bourbon.

Un des profanateurs et voleur de restes humains est Alexandre Lenoir, directeur du Musée des Monuments Français. On sait qu’il vola notamment quelques poils de la moustache d’Henri IV pour en donner ensuite une partie à son ami Vivant Denon qui dirigeait le Louvre.

Les poils de moustache d’Henri IV sont conservés dans un reliquaire au musée Bertrand de Châteauroux et offrent, là encore, une excellente traçabilité.

Mona pas de sympathie révolutionnaire.

Vous avez aimé cet article? Partagez-le :
, , , , , , , , ,

Le 21 janvier 1793, à huit heures Santerre arrive au Temple avec des commissaires de la Commune et des gendarmes. Nul ne se découvre.

- Vous venez me chercher? interroge le roi.
- Oui.
- Je vous demande une minute.

Il rentre dans son cabinet, s’y munit de son testament et le tend à un municipal qui se trouve être le défroqué Jacques Roux.

- Je vous prie de remettre ce papier à la reine…
Il se reprend, dit: « à ma femme. »

- Cela ne me regarde point, répond Roux. Je ne suis pas ici pour faire vos commissions, mais pour vous conduire à l’échafaud.
- C’est juste, dit Louis…

Un autre commissaire s’empare du testament qu’il remettra non à la reine, mais à la Commune.

Louis est vêtu d’un habit brun, avec gilet blanc, culotte grise, bas de soie blancs. Cléry lui présente sa redingote.

- Je n’en ai pas besoin, donnez-moi seulement mon chapeau.

Il lui serre fortement la main, puis, regardant Santerre, dit :

- Partons.

D’un pas égal, il descend l’escalier de la prison. Dans la première cour, il se retourne et regarde à deux reprises l’étage où sont les siens : au double roulement qui a retenti lorsqu’il a franchi la porte de la Tour, ils se sont précipités vainement vers les fenêtres, obstruées par des abat-jour.

- C’en est fait, s’écrie la reine, nous ne le verrons plus !…

Le roi monte dans sa voiture, un coupé vert, suivi de l’abbé. Un lieutenant de gendarmerie et un maréchal des logis s’assoient en face d’eux sur la banquette de devant. Précédés de grenadiers en colonnes denses, de pièces d’artillerie, d’une centaine de tambours, les chevaux partent au pas… Les fenêtres, comme les boutiques, par ordre restent closes. Dans la voiture aux vitres embuées, Louis, la tête baissée, lit sur le bréviaire du prêtre les prières des agonisants.

Vers dix heures, dans le jour brumeux, la voiture débouche enfin de la rue Royale sur la place de la Révolution. A droite en regardant la Seine, au milieu d’un espace encadré de canons et de cavaliers, non loin du piédestal vide qui supportait naguère la statue de Louis XV, se dresse la guillotine. La place entière est garnie de troupes. Les spectateurs ont été refoulés très loin. Il ne sort de leur multitude qu’un faible bruit, fait de milliers de halètements, de milliers de soupirs. Tout de suite, sur un ordre de Santerre, l’éclat assourdissant des tambours l’étouffe…

L’exécuteur Sanson et deux de ses aides, venus à la voiture, ouvrent la portière; Louis ne descend pas tout de suite ; il achève sa prière. Au bas de l’échafaud, les bourreaux veulent le dévêtir. Il les écarte assez rudement, ôte lui-même son habit et défait son col. Puis il s’agenouille aux pieds du prêtre et reçoit sa bénédiction. Les aides l’entourent et lui prennent les mains.

- Que voulez-vous? dit-il.
- Vous lier.
- Me lier, non, je n’y consentirai jamais

Indigné par l’affront, son visage est soudain devenu très rouge. Les bourreaux semblent décidés à user de la force. Il regarde son confesseur comme pour lui demander conseil. L’abbé Edgeworth murmure

- Faites ce sacrifice, sire; ce nouvel outrage est un dernier trait de ressemblance entre Votre Majesté et le Dieu qui va être sa récompense.
- Faites ce que vous voudrez, je boirai le calice jusqu’à la lie.

On lui attache les poignets derrière le dos avec un mouchoir, on lui coupe les cheveux. Puis il monte le roide degré de l’échafaud, appuyé lourdement sur le bras du prêtre. A la dernière marche il se redresse et, marchant d’un pas rapide, il va jusqu’à l’extrémité de la plate-forme. Là, face aux Tuileries, témoins de ses dernières grandeurs et de sa chute, faisant un signe impérieux aux tambours qui, surpris, cessent de battre, il crie d’une voix tonnante :

- Français, je suis innocent, je pardonne aux auteurs de ma mort, je prie Dieu que le sang qui va être répandu ne retombe jamais sur la France ! Et vous, peuple infortuné…

A cheval, Beaufranchet, adjudant général de Santerre, se précipite vers les tambours, leur jette un ordre. Un roulement brutal interrompt le roi.

Il frappe du pied l’échafaud

- Silence, faites silence ! …

On ne l’entend plus. A quatre, les bourreaux se jettent sur lui, l’allongent sur la planche. Il se débat, pousse un cri… Le couperet tombe, faisant sauter la tête dans un double jet de sang qui rejaillit sur l’abbé Edgeworth. Samson la prend et, la tenant par les cheveux, la montre au peuple. Des fédérés, des furieux escaladent l’échafaud et trempent leurs piques, leurs sabres, leurs mouchoirs, leurs mains dans le sang. Ils crient « Vive la nation !Vive la République ! »

Quelques voix leur répondent. Mais le vrai peuple reste muet. Pour le disperser, il faut longtemps… L’abbé descend de la plate-forme et fuit, l’esprit perdu. Une légende pieuse lui a prêté ces mots, adressés au roi comme adieu :

- Fils de saint Louis, montez au ciel!

Les restes de Louis XVI, transportés dans un tombereau au cimetière de la Madeleine, rue d’Anjou, furent placés dans une bière emplie de chaux vive et enfouis dans une fosse que recouvrit encore une épaisse couche de chaux. Un prêtre constitutionnel marmonna quelques prières sur la tombe, profanation suprême, mais le dernier mot, même devant un cadavre, doit rester à la loi.

Mona, pas de dégustation ce jour. Je n’oublie pas…

Vous avez aimé cet article? Partagez-le :
, , , ,

Le 16 mai 1770, Louis Auguste, Dauphin de France et futur Louis XVI, épouse Marie-Antoinette Josèphe, Jeanne, Archiduchesse d’Autriche. A la suite de la cérémonie religieuse, les jeunes époux signent deux copies de l’acte sur les registres paroissiaux. Ces deux volumes sont conservés : l’un aux archives départementales des Yvelines, l’autre aux archives municipales de Versailles.

Sur la toile, on peut visionner la copie des archives départementales. C’est bien, mais il eut été plus intéressant d’y voir celui des archives municipales.

En effet, sur la signature de la Princesse se trouve une tâche d’encre. La plume a cassé au moment au moment où elle signait. Mauvais présage

Le 31 mai, les jeunes tourtereaux se rendent à Paris pour y être applaudis par le peuple. Un feu d’artifice, confié au grand Ruggieri, doit être tiré de la place Louis XV[1]. Une foule immense est réunie. Ce jeune Dauphin représente un espoir pour des Parisiens qui n’ont plus d’estime pour Louis XV.

La foule grossit, grossit… La nuit tombe et de nombreux spectateurs tentent de rallier la place. D’autres repartent vers l’église de la Madeleine… Bousculade, chute, incendie,… morts, blessés… Mauvais présage

Armand d’Allonville se souvient dans ses mémoires :

Je ne puis clore cet article de mes mémoires sans parler de l’effroyable catastrophe dont les fêtes célébrées à l’occasion du mariage de Louis XVI devinrent la cause. J’étais bien enfant, mais il est des événements trop frappants pour qu’on les oublie, sur lesquels on revient dans un âge plus avancé, et dont on cherche alors à connaître tous les détails. Aussi ai-je eu la certitude que cinquante-trois personnes avaient péri sur la place, que, des trois cents blessés, l’on n’en put sauver qu’environ la moitié, en dépit de tous les soins qui leur furent prodigués ; que le mal était provenu de quatre causes : l’entêtement que le corps de ville, et surtout le prévôt des marchands, mirent à s’emparer de la police de la fête : l’incendie spontané de l’échafaudage construit pour le feu d’artifice ; des cordes tendues par des filous, et le passage des pompes par la rue Royale , non encore pavée, à travers laquelle une foule effrayée se précipitait.

Ce qui fixait dans ma mémoire un aussi triste souvenir, c’est la profonde douleur dont la ville et la cour furent alors frappées ; c’est, et cela était plus près de moi, la tristesse et les pleurs des deux jeunes princesses[2], à qui l’on ne put parvenir à cacher le funeste événement qui venait d’avoir lieu. Elles versaient des larmes sur le sort de l’humanité souffrante, sans prévoir, hélas! qu’elles auraient un jour à en répandre de plus amères sur le leur, et celui surtout de ce qu’elles avaient de plus cher au monde !

Un coup à perdre la tête !

Bon Mona, il est temps de boire un coup. Allez, hop, deux verres, je vous prie. Le Domaine des Lys Sacrés 2009 est royal. Ce Côte de Brouilly va vous refaire boire du Beaujolais…


[1] Actuelle Place de la Concorde. C’est sur cette même place, renommée Place de la Révolution, que Louis XVI et Marie-Antoinette furent guillotinés en 1793.
[2] Marie-Antoinette et Elisabeth, sa belle soeur

Vous avez aimé cet article? Partagez-le :
, , , , , , ,

Louis XVI et Marie-Antoinette se marièrent le 16 mai 1770. Ils étaient respectivement âgés de 16 et 14 ans. Bien que le Roi soit un colosse (il mesurait 1,93 m), il dut attendre plus de sept années avant de consommer le mariage. En effet, il souffrait d’un phimosis qui l’empêchait d’accomplir son devoir conjugal au grand dam des Cours de France et d’Autriche.

Enfin, le 11 décembre 1778, la Reine sentit les premières douleurs. La famille royale, les princes du sang et les grandes charges passèrent la nuit dans les pièces proches de la chambre de la reine. Madame[1], fille du roi, vint au monde avant midi le 19 décembre. L’usage de laisser entrer indistinctement toute personne qui se présentait au moment de l’accouchement des reines fut observé avec une telle exagération, qu’à l’instant où l’accoucheur Vermond dit à haute voix : « La Reine va accoucher« , les flots de curieux qui se précipitèrent dans la chambre furent si nombreux que la reine fut incommodée. Le roi avait eu, dans la nuit, la précaution de faire attacher avec des cordes les immenses paravents de tapisserie qui environnaient le lit de sa majesté : sans cette précaution ils auraient à coup sûr été renversés sur elle. Il ne fut plus possible de remuer dans la chambre : elle se trouva remplie d’une foule si mélangée, qu’on pouvait se croire dans une place publique. Deux savoyards montèrent sur des meubles pour voir plus à leur aise la reine placée en face de la cheminée, sur un lit dressé pour le moment de ses couches.

Le bruit, la déception d’avoir une fille[2] ou une faute de l’accoucheur eurent de graves conséquences sur la jeune mère. Elle se pâma ; l’accoucheur cria : « De l’air, de l’eau chaude!  Il faut une saignée au pied! » Les fenêtres avaient été calfeutrées ; c’est le Roi, lui-même qui les ouvrit précipitamment alors qu’elles étaient d’une très grande hauteur et collées avec des bandes de papier pour protéger les appartements du froid.
Le bassin d’eau chaude n’arrivant pas assez vite, l’accoucheur dit au premier chirurgien de la Reine de piquer à sec; il le fit, le sang jaillit avec force, la reine ouvrit les yeux. On avait emporté à travers la foule la princesse de Lamballe sans connaissance.
Les valets de chambre durent évacuer sans ménagement les curieux indiscrets qui, profitant du spectacle, n’étaient pas pressés de sortir de la chambre.

Le Roi décida sur le champ d’abolir l’usage de l’accouchement en public. Les princes et les ministres suffiront pour attester la légitimité d’un prince héréditaire.

La chambre dégagée, la Reine retrouva ses esprits et fut replacée dans son lit. Ouf !

Mais, ma petite Mona, vous tremblez ; vous avez eu peur ? C’est fini, la Reine va bien ; allez on va faire péter une roteuse pour célébrer le premier enfant du Roi : le blanc de blanc de Ruinart est d’une rare élégance.


[1] Ou Madame Royale, prénommée Marie-Thérèse Charlotte
[2] La Reine connut le sexe de l’enfant grâce à un signe convenu avec la princesse de Lamballe

Vous avez aimé cet article? Partagez-le :
, , , , , ,

Balzac a beaucoup écrit. Aujourd’hui, je vous propose un texte intitulé : un épisode sous la terreur.
Vous pouvez lire ce texte en intégralité ou le résumé ci-dessous :

La scène se passe le 22 janvier 1793, au lendemain de l’exécution de Louis XVI, dit Louis Capet, dans le quartier du faubourg Saint-Denis, vers huit heures du soir et par temps de neige. Un « inconnu » suit « une vieille femme » (c’est une religieuse, elle s’appelle soeur Marthe) jusqu’à la pâtisserie où elle se fait remettre une « petite boîte », qui contient des hosties nécessaires  à l’abbé de Marolles, prêtre insermenté, pour dire sa messe. Toujours suivie, la vieille femme regagne le misérable logis qu’elle occupe avec soeur Agathe et l’abbé de Marolles. On frappe à la porte : c’est l’inconnu. Il demande au prêtre de célébrer une messe pour le repos de l’âme de Louis XVI. Il lui remettra aussi un mouchoir taché de sang et marqué de la couronne royale.
Après le 9 Thermidor, l’abbé Marolles retrouve la liberté.
Au passage d’une charrette de condamnés, il reconnaît « l’inconnu » : c‘est le bourreau Charles-Henri Sanson dit « Sanson le Grand » qui emmène à la guillotine les derniers condamnés de la Révolution : Fouquier-Tinville et Robespierre…

En avril 1793, soit trois mois après la mort du Roi, il avait laissé sa place à son fils Henri tout en conservant le titre officiel de bourreau. Avec son fils, il guillotina près de 3.000 personnes dont Louis XVI, la reine Marie-Antoinette, Danton, Hébert, Charlotte Corday, Lavoisier …

Mona pas aimé la Révolution… et vous ?

Vous avez aimé cet article? Partagez-le :
, ,

justice-raide

Durant la terreur de 1793-1794, la guillotine fonctionnait à plein régime. Le moindre comportement jugé contre-révolutionnaire vous emmenait directement à l’échafaud. La Commune de Paris dans un arrêté municipal obligeait les citoyens portant un nom emprunté aux tyrans et à la féodalité à changer de patronyme. Ainsi les Lecomte, Lempereur, Baron… durent s’exécuter (si j’ose dire). Or un certain Monsieur de Saint-Cyr fut traduit devant le tribunal révolutionnaire. Le président lui demande son nom :

- Je me nomme de Saint-Cyr, répond l’accusé
- Il n’y a plus de noblesse, réplique le président
- Alors, je m’appelle Saint-Cyr
- Le règne de la superstition et des saints est révolu, lance le président
- Je m’appelle donc Cyr
- Mais enfin citoyen, la royauté a été définitivement abolie
- Puisque je n’ai pas de nom, j’échappe à la loi car je ne suis qu’une abstraction. Or vous ne trouverez aucune loi condamnant une abstraction ; je dois donc être acquitté.

Le public applaudit et demande la grâce de Saint-Cyr. Le président du tribunal se range à la demande du peuple et relaxe le prévenu :
- Citoyen Abstraction, tu es invité à faire choix d’un nom bien républicain si tu ne veux passer pour suspect. La séance est levée.

Mona pas changé de nom, et vous ?

DS002385

En ce jour, nous nous souvenons que Louis XVI fut guillotiné le 21 janvier 1793. Il avait 38 ans.  Sur l’échafaud, il avait dit : « Je souhaite que mon sang puisse cimenter le bonheur des Français. » Qu’il en soit ainsi.

Vous avez aimé cet article? Partagez-le :
, , ,

brillat_savarin3En octobre 1825, Jean-Anthelme Brillat-Savarin, âgé de plus de 75 ans, publie à compte d’auteur un ouvrage : Physiologie du goût, ou méditations de gastronomie transcendante. Ce livre, référence de la gastronomie est toujours édité depuis cette date.

Le 21 janvier 1826, Charles X fait dire la première messe commémorative officielle pour l’anniversaire de la mort de son frère, Louis XVI, guillotiné le 21janvier 1793. Cet office regroupe les différents corps d’Etat. La magistrature est représentée par Brillat-Savarin qui fut Conseiller à la Cour de Cassation.  Ayant longtemps bénéficié des largesses de l’Empire, il se rend, bien que grippé, à la cérémonie pour conforter le serment de fidélité qu’il vient de faire au Roi.

L’office qui se déroule dans la Basilique de Saint Denis est interminable et le froid lui fait dire : « Ce sera la première messe pour un mort, et la dernière d’un vivant. »

Et de fait, une pneumonie l’emporte quelques jours plus tard, le 2 février.

brillat-savarin-livrefromage

En 1930, Henri Androuët, grand fromager devant l’Eternel baptise un fromage du nom du grand gastronome. Parmi tous les aphorismes de son ouvrage, un des plus célèbres était un hommage au fromage : « Un repas sans fromage, c’est comme une belle à qui il manque un œil. »

Bon Mona, il est temps de saluer la mémoire de BS. Levons notre verre à ce génie. Comme il était originaire de Belley (Ain), je vous sers un vin local trop méconnu : un Cerdon demi-sec de Georges Martin. De jolies bulles aux notes de fraise et framboise.

Vous avez aimé cet article? Partagez-le :
, , , , , ,
Louis XVI et Marie-Antoinette d'après F. Botero

Louis XVI et Marie-Antoinette d'après F. Botero

Alexandre Dumas Père a écrit l’histoire de Louis XVI et de Marie-Antoinette. Dans les trois tomes de l’édition de 1853, j’ai sélectionné ce texte sur les premiers essais de la guillotine :

C’est dans une des cours de Bicêtre que les premiers essais de la guillotine eurent lieu le 17 avril 1792. Il est sept heures du matin. Une petite pluie tombe fine comme un crêpe, tandis que cinq ou six ouvriers charpentiers, sous la direction d’un maître, s’occupent à dresser dans cette cour une machine d’une forme inconnue et étrange.

Disons comment se fit la modification qui conduisit l’instrument de mort à la perfection qui le distingue aujourd’hui. Le roi Louis XVI entendit parler de l’essai qui avait été fait dans la cour de Bicêtre, et l’on n’avait pu lui cacher le désagrément qu’avait éprouvé le docteur Guillotin. Le roi était assez bon mécanicien et surtout assez habile serrurier. La première fois qu’il eut occasion de se trouver avec le docteur Louis, il se fit expliquer par lui le mécanisme de la machine. Le docteur Louis prit une plume et tant bien que mal fit un dessin de l’instrument.
Le roi examina le dessin avec attention, et arrivé au couperet :
— Le défaut est là, dit-il, le couperet, au lieu d’être façonné en croissant, devrait être de forme triangulaire et taillé en biais comme une scie. Et joignant l’exemple à la démonstration, Louis XVI prit à son tour une plume et dessina l’instrument comme il l’entendait.
Neuf mois après, la tête du malheureux Louis XVI tombait sous l’instrument que lui-même avait dessiné.

En regardant aux ouvertures grillées pratiquées dans les quatre murailles qui formaient cette cour, on pouvait voir quelques têtes pâles et inquiètes, dont les regards plongeaient sur la machine qui allait s’élevant toujours. C’étaient les têtes des prisonniers réveillés par les coups de marteau. On a le sommeil léger en prison, et ils regardaient quel évènement inattendu allait se passer dans cette cour.

Quelques personnes entraient les unes après les autres ; et, malgré la pluie qui continuait de tomber, ils examinaient cette machine avec curiosité. Ce furent d’abord le docteur Philippe Pinel, puis le célèbre Cabanis, dans les bras duquel Mirabeau venait de mourir il y avait quinze jours.

On demandait naturellement des explications au maître charpentier qui s’appelait Guidon, et qui, il faut le dire, s’empressait de donner ces explications avec une complaisance parfaite. Et maître Guidon expliquait de son mieux les vertus de la machine, pour laquelle il paraissait avoir une prédilection toute particulière, et qu’il appelait en riant « sa demoiselle », attendu, disait-il, qu’elle était vierge.
Dans un coin de la cour se tenait un autre groupe de quatre personnes. Celles-là étaient vêtues fort simplement et portaient des cheveux non poudrés.Le chef de ces quatre hommes était un homme de cinquante à cinquante-cinq ans, dont la taille était haute, le sourire bienveillant, la physionomie ouverte. Cet homme s’appelait Charles-Louis Samson, il était né le 15 février 1738, et exerçait depuis vingt ans, sous la direction de son père, les fonctions de bourreau de Paris. Les trois autres hommes étaient son fils et ses deux aides.
Cette présence de M. de Paris, comme on appelait alors l’exécuteur des hautes œuvres du département de la Seine, donnait une terrible éloquence à la machine.
Aussi nous l’avons dit, le bourreau, son fils et ses deux valets formaient-ils un groupe à part, qui ne se mêlait point aux autres groupes.
Vers huit heures, deux hommes apparurent à la grille qui s’ouvrit devant eux.
D’un âge de soixante-dix ans, pâle, souffrant de la maladie dont il devait mourir bientôt, était le docteur Louis, médecin par quartier du roi. L’autre était l’inventeur de la fameuse machine, le citoyen Joseph-Ignace Guillotin.
Tous deux s’approchèrent, Louis lentement, Guillotin avec cette vivacité qui faisait le côté remarquable de sa personne. Ce dernier parut enchanté de la manière dont maître Guidon avait traduit sa pensée, aussi lui demanda-t-il combien l’instrument pouvait coûter.

On frappa à la grille, et une petite voiture traînée à bras, fut introduite dans la cour.
— Ah ! Voilà ce que nous attendons, s’écria le docteur Guillotin tout joyeux.
Cette voiture contenait trois sacs, et les trois sacs trois cadavres, envoyés par la direction des hospices.
Le bourreau, son fils et les deux valets s’emparèrent d’un des cadavres et le couchèrent sur la bascule. Puis on fit jouer le ressort. Le ressort se détendit, le couperet se précipita avec la rapidité de la foudre, et la tète du cadavre, séparée du corps, roula sur le pavé de la cour.

Guillotin poussa un cri de joie.
Quant à la guillotine, elle pouvait être appelée « Madame », car elle venait de perdre sa virginité.
Quelques applaudissements se firent entendre. Le docteur salua.

Un second essai fut tenté avec un succès égal.

Louis16-monument-st-denis

Louis XVI et Marie-Antoinette, Basilique Saint-Denis

J’ai relevé dans cette page d’Alexandre Dumas : « espérons que nous vivrons assez pour enregistrer dans cette même histoire le nom du dernier ».

Mon cher Alexandre, il eut fallu que vous viviez bien vieux. C’est Hamida Djandoubi qui fut le dernier guillotiné. C’était à Marseille, le 10 septembre 1977. La peine de mort a été abolie en France le 9 octobre 1981.

Mona encore toute sa tête

Vous avez aimé cet article? Partagez-le :
, , , , ,