Mes petits loups, vous allez dire que çà faisait longtemps que je ne m’étais pas occupée de vos gesticules et vous pensiez que je vous avais lâché la grappe… Et non ! Figurez vous que je viens de lire le dernier livre de Martin Suter : « Le Cuisinier ». Ce roman est, en autres, l’histoire d’une société au nom évocateur : Love Food.

Je vous propose un menu proposé par Maravan, le héros tamoul, pour stimuler avec succès les joyeuses de Monsieur et les pulsions de Madame. De plus, en annexe, l’auteur donne les recettes. Si vous connaissez un Sri Lankais, un Hindou ou un dur, ce sera plus facile pour trouver les ingrédients. A chaque fois que ce menu est servi, les utilisateurs en ressortent ravis… Hé, hé !!

Alors mes biquets, pour vous pourlécher les babines et le reste, mangez Love Food. Je vous glisse le Love menu

MINI-CHAPPATIS À L’ESSENCE DE FEUILLES DE CALOUPILÉ, DE CANNELLE ET D’HUILE DE COCO

CORDONS DE HARICOTS URAD EN DEUX CONSISTANCES

LADIES’-FINGERS-CURRY SUR RIZ SALI À LA MOUSSE D’AIL

CURRY DE JEUNE POULET SUR RIZ SASHTIKA

ET SA MOUSSE À LA CORIANDRE

CHURAA VARAI SUR SON RIZ NNARA À LA MOUSSE DE MENTHE

ESPUMA GELÉ AU SAFRAN ET À LA MENTHE,

AVEC SES TEXTURES DE SAFRAN

SPHÈRES DE GHEE À LA CANNELLE ET À LA CARDAMOME DOUCE-AMÈRE

PETITES CHATTES AU POIVRE GLACÉ,

AUX POIS CHICHES ET AU GINGEMBRE

PHALLUS GELES AU GHEE ET AUX ASPERGES

ESQUIMAUX AU GHEE DE MIEL ET DE REGLISSE


Un livre qui se lit d’une traite… que je vous recommande chaudement.

Mona pas besoin de çà, et vous ?

, , , ,

Suspense, émotion et une page d’histoire de l’URSS sous Staline. Tout est noir dans ce livre comme une nuit sans lune. Les héros sont de petits fétus de paille ballottés par un système policier inhumain.

Tout le monde suspecte tout le monde, tout le monde se surveille, tout le monde est en sursis. La vie de l’individu tient à un fil.

Un livre qui vous prend et ne vous lâchera que lorsque vous l’aurez fini.

Inutile de vous dire que j’ai aimé ce livre. Alors précipitez vous sur Enfant 44 de Tom Rob Smith.

Mona plus un poil de sec.


Suspense, émotion, histoire de l’URSS sous Staline. Tout est noir dans ce livre comme une nuit sans lune. Les héros sont de petits fétus de paille ballottés par un système policier.

Tout le monde suspecte tout le monde, tout le monde se surveille tout le monde est en sursis. La vie de l’individu tient à un fil.

Un livre qui vous prend et ne vous lâchera que lorsque vous l’aurez fini.

Inutile de vous dire que j’ai aimé ce livre. Alors précipitez vous sur Enfant 44 de Tom Rob Smith.

Mona plus un poil de sec.

, ,

Avec la Renaissance, l’homme acquiert plus de raffinement et apporte plus d’attention à son image notamment lorsqu’il est à table. En 1530, Erasme, le théologien et humaniste néerlandais, publie un ouvrage « De la civilité puérile » considéré comme l’un des textes fondateurs de l’éducation des enfants. Il réunit tous les codes de politesse souhaitables à l’époque. Dans cet ouvrage, l’auteur consacre une bonne partie à la table. Pour permettre aux jeunes de lire conseils qui s’avèrent toujours utiles de nos jours, il vous suffira de dépenser 2 euros ; c’est peu pour une bonne éducation  :

« Ne t’assoies pas sans t’être lavé les mains et nettoie avec soin tes ongles. En essuyant tes mains, chasse aussi de ton esprit toute idée chagrine ; dans un repas, il ne faut ni paraître triste, ni attrister personne. […]  La gaieté est de mise à table, mais non l’effronterie. »

Mais Erasme va plus loin, il n’oublie pas nombre de détails qui permettront de rester à table avec confort :
« Aie soin de lâcher auparavant ton urine, à l’écart, et si besoin est, de soulager ton ventre. Il est inconvenant de se livrer à ses besoins naturels, d’une manière effrontée et impudique, comme les paysans n’ayant jamais fréquenté des personnes honorables et bien élevées. Vous ne vous soulagerez point devant les portes et les fenêtres des chambres réservées aux femmes et aux hommes de la cour. N’oubliez pas que saluer quelqu’un qui urine ou défèque est impoli. »

Au moment de passer à table :
« Si par hasard, tu te trouves trop serré, il est à propos de relâcher ta ceinture. Si on distribue des serviettes, pose la sur ton épaule gauche ou ton bras. Si tu t’attables avec des gens de qualité, ôte ton chapeau et veille à être bien peigné. »

Lorsque les plats arrivent sur la table :
« Ne plonge pas le premier tes mains : on te tiendra pour un goinfre. De même, c’est d’un paysan que de plonger ses doigts dans la sauce. Il est discourtois de lécher ses doigts graisseux ou de les nettoyer à l’aide de sa veste. Il vaut mieux se servir de la nappe ou d’une serviette. Lécher à coups de langue ce qui reste dans son assiette, c’est agir en chat et non en homme. Poser un coude ou les deux sur la table n’est excusable que pour un malade ou un vieillard. »

Erasme se soucie également de l’hygiène buccale :
« Blanchir les dents avec une poudre n’est bon que pour les jeunes filles, les frotter de sel est fort dommageable aux gencives et de se servir de son urine au même effet, c’est aux Espagnols de le faire. »

Etant soucieux du moindre détail, il écrit :
« Certains recommandent de retenir un vent en serrant les fesses. Et bien, il est mal d’attraper une maladie en voulant être poli. Si l’on peut sortir, il faut le faire à l’écart. Sinon, il faut suivre le très vieux précepte : cacher le bruit avec une toux… »

Bon Mona, votre éducation (grâce au programme Erasmus ?) est si parfaite que je n’ai pas besoin de vous rappeler que pour boire, il faut des verres… Alors, buvons à la mémoire de Desiderius Erasmus, fils illégitime d’un prêtre de Gouda et d’une fille de médecin de Mons. Je vous invite à déguster un Schloss Gobelsburg Eiswein Grüner Veltliner 2006. Ce vin de glace autrichien offre des arômes de miel, de coing… Une merveille !

, , , ,

J’ai toujours aimé les romans historiques surtout lorsqu’ils sont signés de Jean Diwo. Ainsi, j’ai pu, il y a quelques années, partager la vie de Clémence de Francine au Château de Versailles, j’ai construit une cathédrale au coté de Renaud Pasquier.

Et je viens de partager la vie des plus grands artistes italiens de la Renaissance. Vinci, Botticelli, Raphaël et Michel-Ange ont peint devant moi durant plus de 500 pages…

Inutile de vous dire que j’ai aimé « Le temps où la Joconde parlait« . Jean Diwo s’appuie sur une documentation précise et abondante pour nous emmener dans les ateliers de Florence, Rome, Venise. On traverse l’Italie la France, la Flandre avec un jeune peintre sicilien Antonello da Messina pour  percer les mystères de la peinture flamande. On suit pas à pas les grands peintres déjà cités dans leurs chantiers, leurs voyages.

On souffre avec Michelangelo di Lodovico Buonarroti en train de peindre le plafond de la Chapelle Sixtine. On rit avec lui quand son ami et son aide, le peintre Daniele da Volterra est chargé par la Pape Paul III d’habiller les personnages du Jugement dernier. Ce peintre en tirera le surnom de « Braghettone »[i] . C’est lui qui sera appelé au chevet de Michel-Ange et qui recueille ses dernières volontés.

Mona tend vos commentaires quand vous aurez lu cette peinture de la Renaissance


[i] Le tailleur de caleçons

, , , , , , , , , ,

994851_5165633Dans la collection Bouquins, il existe quelques trésors : le Dictionnaire de la Bêtise en fait partie. Guy Bechtel et Jean-Claude Carrière ont relevé nombre d’erreurs de jugement et d’énormes bêtises.

Ainsi, le jésuite écossais James Gordon écrivait en 1634 dans Theologia moralis universa :
Une fille de joie peut légitimement se faire payer pourvu qu’elle ne se mette pas à un prix trop haut. Il en est de même de toute fille et de toute prostituée qui fait le métier en secret ; mais une femme mariée n’a pas autant de droits de se faire payer, parce que les profits de la prostitution ne sont pas stipulés dans le contrat de mariage.

Mariez vous qu’ils disaient ! Quant au prix pas trop haut, c’est surement pour être à bonne hauteur des bourses peu garnies des Jésuites.

Et Joseph Péladan dans la science de l’amour énonçait une vérité que l’on a peut-être un peu oubliée :
Coucher avec une femme ne suffit pas pour l’inonder de la clarté et la doter d’un cerveau.

Quant à Mantegazza, il déclarait en 1911 :
La femme a été peu ou mal étudiée. Nous avons des monographies complètes sur le ver à soie, sur les hannetons et sur les chats ; et nous n’en avons pas une sur la femme.

On n’en pas non plus sur les cons (si j’ose dire)…

cuisseVous savez bien, ma chère Mona que ce n’est pas moi qui sortirai des bêtises comme çà… Comment ? Ah bon rien. Tant mieux ; débouchons donc le Clos des Grives 2004 du Domaine Combier, un vin rouge de Crozes Hermitage qui a une robe superbe, de la cuisse, qu’en a dans le corsage et sa chute de rein en fait un véritable ouvre-cuisses. Quoi, qu’est ce que j’ai dit, Mona, qui vous empêche d’amener deux verres ? Oh, vous êtes pas simple, vous les filles. Allez, allez, venez, j’ai soif…

, , , , , ,

Autant vous le dire, je lis peu de polars et de romans noirs. Mais quand sur la quatrième de couverture je lis :

le-serpent-aux-mille-coupuresCHASSELAS (n. m.) : cépage blanc surtout apprécié comme raisin de table. Le chasselas de Moissac, qui bénéficie de l’Appellation d’Origine Contrôlée, est le plus réputé. Il est produit dans le Bas Quercy, à hauteur de 7 000 tonnes par an pour un chiffre d’affaires à la revente estimé à 45 millions d’euros.

COCAÏNE (n. f.) : alcaloïde dérivé de la coca. Parfois utilisée en médecine. Surtout prisée sous forme de poudre blanche aux effets excitants. Les principaux pays producteurs (Colombie, Venezuela et Bolivie) en fournissent 900 tonnes par an pour un chiffre d’affaires à la revente estimé à 250 milliards d’euros.

MONDIALISATION (n. f.) : propagation de phénomènes au monde entier. Interdépendance croissante des hommes, de leurs systèmes politiques et économiques, et de leurs activités à l’échelle de la terre.

… Je suis forcément attiré. La grappe de raisin mêlée à la poudre blanche et la mondialisation, çà flashe. Bien que le chasselas soit plus connu comme cépage de table que de cuve, on trouve des vins notamment en Suisse et en France (Pouilly sur Loire, Crépy) dignes d’intérêt.

Mais revenons à notre sujet. Le serpent aux mille coupures de Doa est un livre noir dans lequel se croisent des hommes qui n’auraient jamais dû se croiser : des trafiquants de drogues colombiens et napolitains, des avocats véreux, des paysans racistes primaire, un tueur motard et un gendarme …et tout ce beau monde au fin fond fu Tarn et Garonne !

De cette rencontre, vont naître nombre de cadavres, de supplices, de sadiques au milieu de gens ordinaires… Un roman noir, sombre qui prend le lecteur et le visse pour voir la suite…

Quant à l’auteur, DOA ce qui se traduit par Dead on arrival (mort à l’arrivée) mais çà aurait pu être Dead or alive (mort ou vif), il a obtenu le Grand Prix de Littérature Policière en 2007 pour son premier roman : « Citoyens Clandestins. »

Pas de la grande littérature mais un scénario haletant.

Ma chère Mona, je vais découper … la bague d’un Pouilly sur Loire (appellation d’à peine 40 ha) : Domaine de Riaux 2008, un Chasselas gourmand qui fera un bel apéritif. Mona deux verres, je vous prie. C’est de la poudre de riz qui vous donne ce joli teint ?

, , , ,

francillon

Rien de plus banal qu’une salade de pommes de terre me direz vous ! Et pourtant ce plat peut devenir mets de choix lorsqu’il est bien apprêté. En janvier1887, la salade de pommes de terre fait son entrée officielle à la Comédie Française grâce à Alexandre Dumas fils.  Dans sa nouvelle pièce Francillon, il fait saliver le public en laissant une docte cuisinière énoncer la recette :

ANNETTE.   Alors, M. de Symeux, si vous voulez prendre une plume et de l’encre, je vais vous dicter ma recette sur l’air que joue Francine. Mais vous m’assurez que cette communication ne sera faite qu’à des personnes dignes de la comprendre et de l’apprécier.
HENRI.   C’est pour maman. Excusez-moi de dire encore maman à mon âge; mais, comme je vis avec elle, j’ai gardé cette habitude d’enfance.
ANNETTE.   Je ne vous excuse pas, Monsieur, je vous félicite; et moi qui n’ai plus ma mère, je vous envie.
HENRI   Je suis à vos  ordres, Mademoiselle.
ANNETTE.   Vous faites cuire des pommes de terre dans du bouillon, vous les coupez en tranches comme pour une salade ordinaire, et, pendant qu’elles sont encore tièdes, vous les assaisonnez de sel, poivre, très bonne huile d’olives  à goût de fruit, vinaigre…
HENRI.   A l’estragon?
ANNETTE.   L’Orléans vaut mieux : mais c’est sans grande importance ; l’important, c’est un demi verre de vin blanc, château Yquem, si c’est possible. Beaucoup de fines herbes, hachées menu, menu. Faites cuire en même temps, au court bouillon, de très grosses moules avec  une branche de céleri, faites-les bien égoutter et ajoutez les aux pommes de terre déjà assaisonnées. Retournez  le tout légèrement.
THÉRÈSE.   Moins de moules que de pommes de terre?
ANNETTE.   Un tiers de moins. Il faut qu’on sente peu à peu la  moule; il ne faut ni qu’on la prévoie ni qu’elle s’impose.
STANISLAS.   Très bien dit.
ANNETTE.   Merci, Monsieur. Quand la salade est terminée, remuée…
HENRI.   Légèrement…
ANNETTE.   Vous la couvrez de rondelles de truffes, une vraie calotte de savant.
HENRI.   Et cuites au vin de Champagne.
ANNETTE.   Cela va sans dire. Tout cela, deux heures avant le diner, pour que cette salade soit bien froide quand on la  servira.
HENRI.   On pourrait entourer le saladier de glace.
ANNETTE.   Non, non, non. Il ne faut pas la brusquer ; elle très délicate et tous ses arômes ont besoin de se combiner tranquillement. Celle que vous avez maniée aujourd’hui était-elle bonne?
HENRI.   Un délice!
ANNETTE.   Eh bien, faites comme il est dit et vous aurez le  même agrément.
HENRI.   Merci, Mademoiselle. Ma pauvre maman, qui ne sort  guère et qui est un peu gourmande, vous sera extrêmement reconnaissante.
ANNETTE.   A votre service. J’ai encore bien d’autres régalades de ma composition; si elles peuvent être agréables à Madame votre mère, je lui en porterai moi-même les recettes, et j’en surveillerai l’exécution, la première fois,  à moins que votre chef n’ait un trop mauvais caractère…
HENRI.   C’est une cuisinière.
ANNETTE.   Nous nous entendrons alors comme il convient entre  femmes. Quand vous voudrez. Maintenant, Messieurs, il ne me reste plus qu’à vous faire ma plus belle révérence.

C’est nous ma chère Annette qui vous sommes reconnaissants. Et votre verre d’Yquem me donne envie. Comme disait Frédéric Dard à propos d’Yquem « c’est de la lumière bue ».

Mona bu le demi verre qui restait et c’était bien bon.

, , , , ,


smolettTobias Smolett est un anglais qui fit voyage en France et en Italie au XVIII° siècle. Il décrit, chose rare pour l’époque, la nourriture du petit peuple. Trop souvent, nos ancêtres ne se nourrissaient que de bouillons de légumes et de pain. Et pour couronner le tout, le nombre de jours maigres les empêchaient d’y plonger le peu de morceaux de gras qu’ils conservaient précieusement.

Smollett

Tobias Smolett (1721-1771)

Pourtant, le bouillon de « chair et de volaille » passe pour le meilleur « restaurant » (au sens premier : nourriture qui restaure le plus son homme). N’imaginons pas que roboratif rime avec solide, pesant, grossier. Le restaurant peut être délicat et léger. Il est destiné, en priorité, aux affaiblis, aux convalescents, aux malades surtout. C’est la nourriture hospitalière par excellence.

A propos de bouillon, Smolett rapporte un souvenir pas piqué des hannetons que je reprends in extenso :

1672, 28 mai. Il y a la foule des grands jours sur la place Saint-Didier, à Avignon, pour assister à l’exécution du nommé Pierre du Fort. Tout annonce un beau spectacle : arrivé sur les lieux de son supplice, le criminel « donne toutes les marques d’un bon chrétien », fait ses adieux a ses amis, et prend le crucifix des mains du père Palasse. Puis il monte en haut de l’échelle de pendaison, et là, il baise le crucifix et en donne sa bénédiction à tout le peuple rassemblé. Le bourreau jette le condamné du haut de l’échelle. C’est alors que les choses se gâtent. L’échelle prévue est trop courte, le condamné se prend les pieds dans les barreaux, et le bourreau se démène vainement. Un bourreau maladroit devient barbare : le voilà qui saute sur les épaules du condamné, puis lui bourre l’estomac de coups de genou, aidé par son valet, par sa femme qui tire le criminel par les pieds en bas de la potence. Comme le supplice dure «plus d’un grand miserere », le public réagit et manifeste. Il retourne sa haine contre le bourreau et ses aides : huées, puis jets de pierres, enfin on se jette sur le bourreau, qu’on bat à mort et dont on traîne le corps jusqu’à l’université, à deux pas de là, on bat aussi à mort son valet. Quant au condamné, il devient l’objet de toutes les sollicitudes. On coupe la corde, on le dépend, on l’allonge sur un matelas lancé d’une fenêtre. Mais il est resté pendu longtemps, et on craint pour sa vie. Alors, «on demande à grands cris du vin pour le pendu, du bouillon avec de la chair même, quoique samedi ». (Le samedi est un jour maigre)

Le bouillon de viande fait son effet. Voilà l’homme requinqué, restauré, et finalement gracié. L’épisode offre l’occasion d’une belle méditation sur la versatilité des émotions que l’on peut observer à plus d’un spectacle d’exécution publique. Contentons-nous, ici, d’observer les merveilleux effets du bouillon de chair. Grâce à lui, le condamné à mort en a réchappé. Et personne ne s’en étonne :

« Le bouillon est un remède universel parmi le bon peuple de France pour qui ne saurait mourir après avoir avalé un bon bouillon. »

Bouillon, bouillon ? Pourquoi pas ? Mais avant, un coup de Beaujolais s’impose. Je vous propose, ma belle Mona, un Moulin à Vent d’Hubert Lapierre. Ce vin réconcilie avec le gamay des monts de Beaujeu.

, , , , , ,

Mise en page 1Quel plaisir de lire un livre d’une telle beauté. Gérard Oberlé qui m’avait déjà enchantée avec « Itinéraire Spiritueux » me revient avec un ouvrage qui, bien que d’une grande érudition, n’est pas pédant. On partage vite la vie de Marc-Antoine Muret. Cet humaniste fut le professeur de Montaigne, l’ami de Ronsard.
Epicurien et jouisseur, son attirance pour les garçons lui valut l’exil. Il se rendit au pays des arts et c’est Rome qui lui donna succès et gloire.

L’écriture est belle et chatoyante. Un livre à dévorer.

Pour vous mettre en appétit, un extrait d’un poème de Muret (traduit du latin par G. Oberlé) :


Profitons de nos meilleures années, tant que le destin le permet
Et que l’Amour occupe entièrement notre esprit.
Ces moments, le temps les emportera comme il emporte tout :
Vois-tu comme s’enfuient l’heure, le jour, le mois, l’année ?
Le nourrisson est maintenant un enfant,
Bientôt il sera adolescent, homme et puis vieillard.
Qui que tu sois, toi qui es jeune et ardent,
Vis sous l’emprise de Vénus,
Quand tes plus belles années seront passées, il sera trop tard !
Tu voudras te rattraper, mais tu ne le pourras plus.

M.A. Muret, Junvenilia, Elégies II

Mona pas autre chose à dire : foncez chez votre libraire.

, , , , ,

Poivre1Lépicurien vous a gratifié d’un superbe article sur la muscade. Je ne pouvais passer sous silence celui, qui au péril de sa vie, arracha aux Hollandais la précieuse épice et l’acclimata sur les île de l’Océan Indien.

Issu d’une famille lyonnaise, Pierre Poivre rêve de voyages. Rentré au séminaire parisien de la rue du Bac des Missions Étrangères, il embarque en 1741 pour le Tonkin[1]. En fait, il n’arrivera pas à sa destination mais visite la Chine et la Cochinchine[2]. Au cours de son séjour, il traverse les lieux de production des épices dont les Hollandais ont l’exclusivité.
Ayant abandonné ses projets de prêtrise, après plus de trois ans en Orient, il décide de rentrer en France. Mais son bateau est attaqué par des Anglais. Dans le combat, il perd son bras droit… lui qui voulait faire de la peinture.

Remis de ses blessures, il est débarqué à Batavia[3]. Il y fera de multiples observations sur les possessions hollandaises et l’organisation de la Compagnie néerlandaise des Indes. Il quitte Batavia en décembre 1746 pour l’île de France[4]. En juin 1748, enfin, il rentre en France. Dans un manuscrit dit « les Mémoires d’un Voyageur », il consigne ses observations.

Dès son retour, la Compagnie des Indes le renvoie en Extrême-Orient pour « revitaliser l’économie des Mascareignes[5], propriété de la Compagnie, et en faire un centre de production d’épices, un entrepôt de ces dernières qu’on enverra dans le monde et notamment en Europe où l’on en est si friand. »
Au fond, il doit « juste » saisir aux Hollandais des plants. Pour cela, Poivre parcourra – dans le plus grand secret – tous les lieux de production existants : la Cochinchine, les Philippines, les Moluques, touchera à Macao et Canton et reviendra par l’île de France où il apportera plants et graines de toutes les épices qu’il se pourra : canneliers, poivriers, muscadiers, girofliers… pour voir comment elles s’acclimateront dans ces îles. Malheureusement, Fusée Aublet, botaniste officiel du Roi sur l’Ile de France veut démontrer que les épices ne peuvent s’adapter sur l’ile. Il n’hésitera pas à les faire crever en les arrosant avec de l’eau bouillante.
Poivre regagne la France où après un séjour forcé à Cork en Irlande – son navire a été capturé par les Anglais- il débarque enfin en avril 1757. Désireux de se reposer enfin, Pierre Poivre envisage de finir ses jours à Lyon. Il surveille l’acclimatation d’espèces exotiques ramenées en France et leur fructification, il y amènera nombre de plantes rares, et l’on montre encore aujourd’hui certains spécimens plantés par Poivre ou ses descendants, notamment un Ginkgo Biloba[6], l’arbre aux cent écus ainsi nommé parce que Louis XV aurait payé, pour son arrivée en France, cent écus.
Pierre_poivre_mauritius_posIl épouse une jeune lyonnaise, Françoise Robin de trente ans de moins que lui. Elle lui donnera trois enfants.

Mais, il était dit que Poivre reverrait l’Extrême-Orient. Il est nommé Commissaire Général de la Marine à Port Louis de Maurice et Intendant des îles de l’Océan Indien.
Il arme deux navires et ramène à nouveau des plants d’arbres à épices sur l’Ile de France et y développe le fameux « jardin des Pamplemousses« , qui sera centre d’acclimatation et de production de ces épices. Les Mauriciens montrent encore aujourd’hui avec orgueil cette réalisation de « l’Intendant français des Mascareignes ».

C’est en 1773 que Poivre rentre en France et y meurt le 6 janvier 1786.

Poivre, au nom si prédestiné, avait pour devise:
« Les obstacles déconcertent les têtes faibles, mais elles animent les bons esprits ».

Mona bu, avec Lépicurien, à la mémoire de ce bienfaiteur une bouteille de Syrah aux arômes si poivrées.

PS : pour en savoir plus sur Pierre Poivre, je vous recommande le livre de Daniel Vaxelaire : « Les chasseurs d’épices » (Petite Bibliothèque Payot)


[1] Le Tonkin est la partie septentrionale du Viêt Nam
[2]
La Cochinchine était la partie méridionale du Viêt Nam
[3] De nos jours : Jakarta, capitale de l’Indonésie
[4] Aujourd’hui île Maurice
[5] Groupe d’îles de l’océan Indien : l’île de la Réunion, l’île Maurice et ses dépendances.
[6] Cet arbre magnifique était au XVème et XVIème siècle considéré comme sacré par les Chinois et les Japonais dont ils entouraient les temples. Il est présent aujourd’hui dans beaucoup de nos villes, à Paris notamment : ses feuilles sont caduques et d’un très beau jaune d’or en automne justifiant, à elles seules, son surnom d’arbre aux écus d’or. L’extrait de concentré de feuilles de GINKGO BILOBA est un vasodilatateur des artères et des veines.

, , ,

souper_mortel_etuvesMichèle Barrière est historienne et journaliste. Elle écrit des romans mêlant intrigue policière et gastronomie. « Souper mortel aux étuves » se déroule fin XIV° siècle. Un homme est retrouvé égorgé dans une étuve. Ces établissements étaient les ancêtres des paniers fleuris qui égayèrent le XIX° siècle. Et en plus, on pouvait se laver, manger…

Sa veuve, Constance, se fait embaucher comme cuisinière du lupanar pour retrouver les assassins. Elle y croise un cuisinier qui travaille avec Taillevent, le génie de la cuisine de l’époque.

Et Constance qui n’a jamais touché une queue de poêle avant est de suite reconnue comme maitre queux (ce qui, dans ce genre d’établissement, peut porter à confusion). Une saine émulation avec Guillaume, le disciple de Taillevent nous permet de passer en revue les recettes de l’époque. Il faut dire que la Dame utilise des recettes laissées par son défunt mari. Il était l’auteur du Ménagier de Paris ???

Je vous passe les rebondissements de l’intrigue, la vie amoureuse des héros. Vous l’aurez compris, l’intrigue, les rebondissements m’ont laissé de marbre. Mais la saveur de ce livre, ce sont les recettes, les modes de cuisson… alors là, on salive. Michèle Barrière n’est pas Simenon, mais elle est de la trempe de Raymond Oliver. Lorsqu’elle décrit un plat, on est dans la cuisine de Taillevent ou de Constance.

Mona, savez vous que la Foire Saint Martin de Pontoise va se tenir pour la 839ème fois du 6 au 22 novembre. Alors pour plonger dans le Moyen Age, buvons un coup de ginglet avec un hareng grillé. Et oui, Mona, le ginglet est un vin provenant des coteaux d’Ile de France. Certes ce n’est pas un vin grandiose, plutôt aigrelet, mais de toute façon, les arômes du roi de la Baltique dominent tout.

, , , ,