Vous savez que j’aime la langue française et trouver l’origine des expressions. Aujourd’hui, nous partons sur un bateau à voile sous l’ancien régime. La vie sur ces grands navires est dure. Le scorbut, la maladie des navigants, fait des ravages sur les grands voiliers et nombre de marins meurent dans de grandes souffrances. Et lorsqu’une blessure s’infectait, une des seules manières de sauver le malheureux était de l’amputer d’un bras, d’une jambe. Le chirurgien proposait à son patient une rasade d’alcool, lorsqu’il y en avait à bord puis, après avoir affuté sa scie, lui conseillait de mettre sa pipe en bouche et de la serrer de toutes ses forces. Puis le médecin taillait dans les chairs. Quand tout se passait bien, le survivant attendait la cicatrisation pour qu’on lui mette une prothèse, un crochet ou une paire de béquilles. Par contre lorsqu’il mourait au cours de l’opération, on entendait la pipe tomber. Le médecin arrêtait sa besogne. Le marin venait de « casser sa pipe. »
Comme 90% des français, je lis dans le petit coin qui est l’endroit le plus tranquille de la maison : là loin des cris d’enfants, des remarques incessantes de la belle-mère, de la suractivité du matin, chacun peut s’adonner à la lecture.
Chacun a ses petites habitudes : l’un y amène son journal, un autre une BD, un autre un roman. Moi, je lis chaque matin le Dictionnaire Historique de la Langue Française. C’est un joli pavé en trois tomes dirigé par Alain Rey. Je trouve l’ouvrage parfaitement adapté au lieu. Les articles sont généralement courts, on n’est pas tenu de lire en suivant ; et chaque tome est suffisamment petit par la taille, peu lourd et se manie avec aisance (si j’ose dire).

Et c’est fou ce que l’on apprend comme chose dans ces livres. Pendant que j’allège mes entrailles, je remplis ma cervelle. Rien ne se perd…
Ainsi ce matin, j’ai pu étudier la « pipe »…
Nom féminin issu du verbe piper (pipare : piauler, glousser) qui signifiait, vers 1180, pousser un petit cri pour un oiseau, ce sens reste dans certains termes de chasse pour imiter un cri d’oiseau que l’on veut attirer.
Un glissement s’opère au XVII° siècle : parler en phrases négatives; il nous reste « ne pas piper mot. »
Du langage des chasseurs, le mot a été repris par les joueurs : « les dés étaient pipés. »
Au XII° siècle, la pipe est un « tuyau, un goulot puis une futaille ou un contenant de liquide ». Au XVII° siècle, la pipe trouve enfin le fumeur… (puis la fumeuse ?)
Lépicurien en relisant cet article m’a suggéré de rajouter cette devinette qui l’a beaucoup fait rire :
Comment faire rire ses copains à la descente d’un avion ?
Montez à bord avec une pipe. Cet objet est encore autorisé. Lorsque l’avion est en vol, placez votre pipe sous votre siège et appelez l’hôtesse. Informez la que vous avez perdu quelque chose. Elle vous aidera et trouvera sans mal ce que vous aviez posé.
Au moment de sortir de l’avion, lorsque le personnel vous salue, tournez vous vers votre hôtesse et dites suffisamment fort :
- Merci pour la pipe…
Mona fligée par l’humour de son chef… dur, dur
Mais elle sait répondre avec Jean Dujardin :

