vins de "Sein pour sein"

Servir « la bière au mètre » se pratique dans nombre de bars les soirs de beuverie : un gabarit en bois permet d’aligner un mètre de gobelets plastique remplis d’un breuvage mouvant apte à transformer le premier Belge venu en buveur d’eau. Servir « du vin au mètre » se pratique à Grenoble et dans le Dauphiné : avec dextérité, le patron vide une bouteille dans de petits verres ballon alignés sur le comptoir… et ce, sans en perdre une goutte ! Souvent, à la saison, le vin est un Coteaux du Lyonnais, un de ces « petits vins » fruité et velouté qui vous réconcilie avec les vins primeurs. En Beaujolais, on ne chipote pas, on pratique le « mètre de pots » (50 cl)…

Bien loin de ces excès, dans le temps, à Saint Pourçain (vins de l’Allier), le cabaretier posait sur le zinc un pichet de vin. Au moment de partir, il trempait une cordelette dans le pot. Le client payait en fonction de la hauteur de la coloration. C’était servir le vin « à la ficelle ».

Enfin tout çà, c’était au temps où le vin n’était mis au pilori. Ahrrr !!

Alors en buvant avec modération, ma p’tite Mona, je vous invite à boire un verre de Fixin 2007 de Pierre Gelin. Ce vin Bourguignon marqué de fruits noirs, est charnu et délicieux.

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Il y a quelques jours Mona a publié sur ce blog un article fort in-théressant sur le thé. On y voit bien que si la légende a é-thé inve-thée, c’est pour sublimer la réali-thé.

acorde-penduMais en fouillant sur la toile, on trouve des trésors qui dépassent la fiction. Ainsi dans le Dictionnaire des Merveilles et Curiosités de la Nature et de l’Art (1853), Adolphe de Chesnel nous relate une expérience de sous-alimen-thés :

Parmi les expériences qui ont été faites pour apprécier les qualités nutritives de certaines substances, on cite la suivante : trois Anglais condamnés à être pendus obtinrent une sorte de grâce à la condition que l’un ne vivrait que de thé, l’autre que de café et le troisième que de chocolat. Celui qui ne vécut que de chocolat mourut au bout de huit mois; le condamné au café ne dépassa point deux ans et celui qui ne se nourrissait que de thé put aller jusqu’à la troisième année. L’homme qui ne se nourrissait que de chocolat était dans un état complet de décomposition; il était mangé par les vers et ses membres tombaient les uns après les autres. Le buveur de café était défiguré comme si le feu avait calciné tout son intérieur. Enfin, celui qui ne vécut que de thé était si maigre et avait le corps si diaphane, qu’en plaçant une chandelle derrière lui, on pouvait voir tout l’intérieur.

Mona, si un jour je suis condamné à ce genre de peine, je demanderai à être nourri uniquement de vin. Notez le bien. Tiens d’ailleurs, je vous propose un coup d’essai. On va dépuceler de ce pas une boutanche de Beaujolais, mais du vrai, du nourrissant : un Brouilly 2007 du Domaine Laurent Martray.

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smolettTobias Smolett est un anglais qui fit voyage en France et en Italie au XVIII° siècle. Il décrit, chose rare pour l’époque, la nourriture du petit peuple. Trop souvent, nos ancêtres ne se nourrissaient que de bouillons de légumes et de pain. Et pour couronner le tout, le nombre de jours maigres les empêchaient d’y plonger le peu de morceaux de gras qu’ils conservaient précieusement.

Smollett

Tobias Smolett (1721-1771)

Pourtant, le bouillon de « chair et de volaille » passe pour le meilleur « restaurant » (au sens premier : nourriture qui restaure le plus son homme). N’imaginons pas que roboratif rime avec solide, pesant, grossier. Le restaurant peut être délicat et léger. Il est destiné, en priorité, aux affaiblis, aux convalescents, aux malades surtout. C’est la nourriture hospitalière par excellence.

A propos de bouillon, Smolett rapporte un souvenir pas piqué des hannetons que je reprends in extenso :

1672, 28 mai. Il y a la foule des grands jours sur la place Saint-Didier, à Avignon, pour assister à l’exécution du nommé Pierre du Fort. Tout annonce un beau spectacle : arrivé sur les lieux de son supplice, le criminel « donne toutes les marques d’un bon chrétien », fait ses adieux a ses amis, et prend le crucifix des mains du père Palasse. Puis il monte en haut de l’échelle de pendaison, et là, il baise le crucifix et en donne sa bénédiction à tout le peuple rassemblé. Le bourreau jette le condamné du haut de l’échelle. C’est alors que les choses se gâtent. L’échelle prévue est trop courte, le condamné se prend les pieds dans les barreaux, et le bourreau se démène vainement. Un bourreau maladroit devient barbare : le voilà qui saute sur les épaules du condamné, puis lui bourre l’estomac de coups de genou, aidé par son valet, par sa femme qui tire le criminel par les pieds en bas de la potence. Comme le supplice dure «plus d’un grand miserere », le public réagit et manifeste. Il retourne sa haine contre le bourreau et ses aides : huées, puis jets de pierres, enfin on se jette sur le bourreau, qu’on bat à mort et dont on traîne le corps jusqu’à l’université, à deux pas de là, on bat aussi à mort son valet. Quant au condamné, il devient l’objet de toutes les sollicitudes. On coupe la corde, on le dépend, on l’allonge sur un matelas lancé d’une fenêtre. Mais il est resté pendu longtemps, et on craint pour sa vie. Alors, «on demande à grands cris du vin pour le pendu, du bouillon avec de la chair même, quoique samedi ». (Le samedi est un jour maigre)

Le bouillon de viande fait son effet. Voilà l’homme requinqué, restauré, et finalement gracié. L’épisode offre l’occasion d’une belle méditation sur la versatilité des émotions que l’on peut observer à plus d’un spectacle d’exécution publique. Contentons-nous, ici, d’observer les merveilleux effets du bouillon de chair. Grâce à lui, le condamné à mort en a réchappé. Et personne ne s’en étonne :

« Le bouillon est un remède universel parmi le bon peuple de France pour qui ne saurait mourir après avoir avalé un bon bouillon. »

Bouillon, bouillon ? Pourquoi pas ? Mais avant, un coup de Beaujolais s’impose. Je vous propose, ma belle Mona, un Moulin à Vent d’Hubert Lapierre. Ce vin réconcilie avec le gamay des monts de Beaujeu.

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gamayCe cépage est important surtout grâce ou à cause des quantités produites en Beaujolais où il représente 98% de l’encépagement. On en trouve également en Touraine, Ardèche et Gaillacois. En Bourgogne, il entre dans la composition du trop méprisé « Passetoutgrain ». Et pourtant, dès 1395, Philippe le Hardy, puissant Duc de Bourgogne, avait ordonné de bouter hors de sa région le « très mauvais et très déloyal plant ». Il fleurit sans problèmes et ses grappes plutôt petites résistent bien aux maladies. Vinifié en « macération carbonique »   il développe des arômes de banane, bonbon anglais et de fruits rouges. La sur-chaptalisation a longtemps été son « péché mignon » (on parlait même de béta-vin soit moitié raison, moitié betterave). Vinifié dans les 10 Crus du Beaujolis il donne des vins élégants et ayant de la mâche. Nombre d’entre, après quelques années de vieillissement, finissent par ressembler à leurs cousins de Bourgogne. Malheureusement la mode suexploitée du Beaujolais Nouveau a fait oublié les meveilles que l’on trouve en Morgon, Saint-Amour, Moulin à Vent…. Quel gachis !!!

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