Mona, on voit que vous avez passé beaucoup de temps avec Charles...

Charles Monselet est un écrivain du XIX° siècle auteur d’une cinquantaine d’ouvrages de tous genres. Fort connu pour son coup de fourchette, il fut chroniqueur de la Revue des Gastronomes et du Gourmet. Il a laissé nombre de poèmes qui vantent les jolis produits de la cuisine Française. J’ai retenu celui dédié aux vins de :

BOURGOGNE ET BORDEAUX 

Au seul Bordeaux toujours fidèle, 
Buveur d’hier et d’aujourd’hui, 
j’admets que pour plus d’un rebelle 
L’éclair d’un autre vin ait lui. 

A quoi bon fuir le parallèle 
Avec un loyal ennemi? 
Disons que le Bordeaux c’est Elle, 
Et que le Bourgogne c’est Lui. 

A Lui les airs fiers et superbes ! 
Coquelicot parmi les herbes, 
Il se croit l’honneur du bouquet.

Elle, plus discrète en sa flamme, 
Sourit d’un sourire coquet… 
Le vin de Bordeaux, c’est la femme.

Même si cette habitude d’attribuer de la virilité aux Bourgognes et de la féminité aux Bordeaux est largement fausse. Tout amateur pourrait dire que les tannins des Bordeaux leur donnent une puissance que n’ont pas les vins de Bourgogne… Mais enfin, le plus important est qu’à cette époque, Monselet chantait le vin sans risque de rencontrer les ligues antialcooliques.

Mona, sortez donc deux verres, je vous prie et goûtons ce vin de Bourgogne : Gevrey-Chambertin 2001 de Geantet-Pansiot. Un vin fin, délicat. Alors Mona, féminin ou masculin ce Gevrey ?

 

Vous avez aimé cet article? Partagez-le :
, , , , ,

Sans réaction, çà pourrait arriver en France

C’est un comble. Mais il faut être lucide : en France, pays du bien vivre, bien manger et bien boire, le nombre d’abstèmes[1] augmente régulièrement. Lépicurien, hier, vous a expliqué que la transmission générationnelle ne se fait plus bien. J’ai trouvé un texte de Jean-Jacques Rousseau qui va dans ce sens. Dans Emile, ou de l’Education, il dit :

La première fois qu’un sauvage boit du vin, il fait la grimace et le rejette; et même parmi nous, quiconque a vécu jusqu’à vingt ans sans goûter les liqueurs fermentées ne peut plus s’y accoutumer ! Nous serions tous abstèmes si l’on ne nous avait pas donné du vin dans nos jeunes ans.

Toujours, Jean-Jacques Rousseau avait écrit dans la Nouvelle Héloïse : « J’ai toujours remarqué que les gens faux sont sobres. » Et Baudelaire enfonçait le clou dans Du Vin et du Haschich : « Un homme qui ne boit que de l’eau a un secret à cacher à ses semblables. »

Alors, Françaises, Français, il est encore temps de transmettre le goût du vin à nos enfants. Il y va de notre identité…

Mona pas imaginé ne pas boire de vin….


[1] Qui ne boit pas de vin

Vous avez aimé cet article? Partagez-le :
, , , , ,

Au trou, Mona. Vous avez bu du vin.

  Dans le Telegraph, nos amis Anglais se penchent encore sur notre douce France et publient les résultats de diverses études qui confirment la baisse progressive de consommation de vin et le fossé qui se creuse entre les diverses générations.

Selon cet article, les chercheurs craignent que la culture du vin disparaisse avec les nouvelles générations. Selon eux, ce phénomène s’est produit au cours des deux dernières générations. Et si les 65 ans et plus continuent à boire du vin en mangeant selon la tradition et l’héritage de la manière de vivre à la française, la consommation est plus occasionnelle chez les 40-65 ans et est exceptionnelle chez les moins de 30 ans.

Et c’est sans doute, l’absence de transmission de la culture du vin par la famille qui explique cette absence de vin chez les nouvelles générations.

Sevrés de séries américaines, ils préfèrent les alcools, les sodas… Et s’ils ne rejettent pas le vin (ils sont même plutôt fiers des vins français), ils ne les connaissent pas et en boivent juste lors de quelques fêtes de famille. Mais ils ignorent tout de la richesse du patrimoine historique et épicurien du vin.

Pauvre France, ton patrimoine fout le camp sans que personne n’en ait conscience et ne s’en alarme.

Mona, ma petite, vous avez plus de 30 ans. Aussi, je suis certain que vous apprécierez ce Brouilly 2009 du Château du Prieuré : du fruit, du fruit… et un très grand potentiel de garde.

Vous avez aimé cet article? Partagez-le :
, , ,

Selon une étude récente, il ressort que les américains boivent beaucoup plus de bière que de vin. Convertie en litres, la consommation de bière est de l’ordre de 80 litres par an, par habitant alors que celle de vin est d’un peu moins de 9 litres. En France, on boit environ 35 l de bière alors que la consommation de vin bien qu’en baisse régulière est de 52 litres par habitant.

Quand aux boissons sucrées de type soda et jus de fruits, la consommation aux USA est de 200 litres environ alors qu’elle n’est que de 60 litres (mais attention, cela augmente de 4.5% par an. Veillons !).

En attendant que peut-on déduire de ces habitudes de consommation. Bière et sodas ont des effets sur le corps humain


Pour les buveurs de vins, les conséquences sont tout autre

Mona la ligne…

Vous avez aimé cet article? Partagez-le :
, , , ,

Mona en pleine dégustation à Edimbourg

Le professeur Richard Wiseman a profité du Festival Science d’Edimbourg pour réunir 578 personnes volontaires pour goûter une gamme de vins rouges et blancs. Il avait choisi des vins bon marché (moins de 5.50€) et des vins plus chers (entre 10 et 35€).

La seule question qu’il leur posait était : « Est-ce un vin bon marché ou un vin plus cher ? ».

Sans être un maître mathématiques et statistiques, chaque dégustateur avait une chance sur deux de répondre convenablement.

Et c’est justement le résultat qui est ressorti de cette expérience.

Wiseman en conclut que les dégustateurs d’un jour ne percevaient pas de différence notable entre les vins pas chers et chers.

Cela confirme, s’il en était besoin, que peu de gens sont connaisseurs en vin. Le chiffre de 3% d’amateurs circule pour la France. N’oublions pas que le prix moyen d’achat d’une bouteille de vin est de l’ordre de 3€ au pays d’Astérix… Pas de quoi en faire une potion magique !

Bon, en attendant, ma Chère Mona, on va faire remonter les statistiques en ouvrant ce Coteaux de l’Aubance Les Trois Schistes 2008 du Domaine Montgilet. Un vin léger mais long en bouche et qui, bien que liquoreux, laisse la bouche fraîche.

Vous avez aimé cet article? Partagez-le :
, ,

La présidente de l’Argentine, Cristina Kirchner a proclamé, ce mercredi 24 novembre, le vin comme « boisson nationale ».

Dans son discours, elle souligne que ce décret aura pour but d’améliorer l’image du vin tant au niveau national qu’international. Elle ajoute : « La viniculture n’est pas seulement une activité économique, elle est aussi liée à l’identité et la culture du peuple argentin. »

Contrairement à l’Europe, la consommation croit régulièrement pour atteindre annuellement 30 l/habitant. L’Argentine est le cinquième producteur mondial et ses cépages emblématiques sont le Malbec, pour les rouges et le Torrontes pour les blancs.

Incroyable et répréhensible en France : sur les emballages et étiquettes de vins argentins, on invite les jeunes à découvrir le vin… (Ils sont fous ces Argentins ! ndlr)

Après l’Espagne, l’Argentine sera ce le tour de la France, premier producteur du monde ? Et non, perdu : ici, le vin est diabolisé, combattu.

Il faut dire que notre Président Français ne boit pas de vin et que son prédécesseur buvait plutôt de la bière… Autant dire que le concept de « vin = boisson nationale » n’est pas prêt de sortir à Paris !

Bon, Mona, on va goûter une boisson nationale argentine : Cheval des Andes 2002. Ce grand vin est un assemblage de Malbec, Cabernet Sauvignon, Petit Verdot. Ah j’oubliais … : cette propriété est vinifiée par Pierre Lurton (Cheval Blanc et Yquem) et Nicolas Audebert. En allant sur le site de ce domaine, vous indiquerez « France » comme pays d’origine et vous verrez où la bêtise anti-vin nous mène.

Vous avez aimé cet article? Partagez-le :
, , , , , , , ,

dessin de Pétillon

Ah quelle belle époque ! Au début du XX° siècle, des ouvrages étaient publiés en France pour encourager le peuple à boire le jus de la treille. Il était alors possible d’écrire que le vin est meilleur que l’eau. On croit rêver. Dans notre monde aseptisé, avec notre principe de précaution, avec nos ligues anti-tout, les éditeurs de tels ouvrages se verraient, de nos jours, trainés devant les tribunaux pour incitation à l’alcoolisme…

Dans le but d’augmenter la consommation du vin et de faire en faveur de cette boisson une propagande utile, M. Raymond Brunet[1] a eu l’idée de réunir dans un volume de 150 pages, joliment édité et largement illustré, tous les arguments qui peuvent être donnés en faveur de la consommation du vin, ainsi que tous les inconvénients qui peuvent être présentés contre la consommation des autres boissons hygiéniques (bière et cidre), ainsi que contre la consommation des boissons tempérantes (café et thé) et surtout contre la consommation de l’eau.
Cet ouvrage renferme de nombreux documents scientifiques et techniques qui donnent une valeur indiscutable à la thèse soutenue par l’auteur.

Cet ouvrage est ainsi divisé:

  1. Le vin n’est pas nuisible;
  2. Le vin et la littérature;
  3. le vin et la religion;
  4. Le vin et la musique;
  5. Le vin est la meilleure des boissons;
  6. Le vin est un aliment; le vin est un remède;
  7. Le vin est une boisson antialcoolique;
  8. Les boissons tempérantes sont de mauvaises boissons;
  9. L’eau est une mauvaise boisson.

Ma chère Mona, à la mémoire de Brunet, nous porterons un toast avec ce Cheverny blanc du Domaine du Moulin : un vin frais, naturel et droit…


[1] ingénieur-Agronome professeur d’Œnologie à l’École de l’industrie hôtelière de Paris, propriétaire, viticulteur

Vous avez aimé cet article? Partagez-le :
, , ,

Jeune dégustateur de Philippe Mercier - Musée du Louvre

François Coppée (1842 – 1908) poète de Paris, académicien en 1884, rencontra un grand succès avant de tomber dans l’oubli après sa mort. Rares sont les anthologies de poésie à exhumer ces vers (si j’ose dire), mais une rue du XV arrondissement de Paris porte son nom. Mais comme me dit Lépicurien, un gars qui écrit des vers (ou verres ?) sur le vin mérite de figurer dans ce journal. C’est fait.

LE VIN

Longtemps, dans l’atmosphère humide des caveaux
Sous la voûte profonde et de nitre imprégnée !
Sous la poussière et sous les toiles d’araignée
Le jeune vin vieillit dans des flacons nouveaux.
Il faut que dans le calme et l’ombre des tombeaux
La sublime liqueur dure plus d’une année,
Avant que d’accomplir la noble destinée
D’exalter un instant nos cœurs et nos cerveaux.
Ainsi, Chaze, il en est de la pensée humaine,
C’est par un très secret et très lent phénomène
Qu’elle se plie enfin au rythme harmonieux.
Un doux sonnet mûrit comme un Bordeaux suave
Et tu fais bien, ami, qui né dans une cave,
De lire des beaux vers en buvant tes vins vieux.

Mona trinqué à votre santé

Vous avez aimé cet article? Partagez-le :
, ,

vins de "Sein pour sein"

Servir « la bière au mètre » se pratique dans nombre de bars les soirs de beuverie : un gabarit en bois permet d’aligner un mètre de gobelets plastique remplis d’un breuvage mouvant apte à transformer le premier Belge venu en buveur d’eau. Servir « du vin au mètre » se pratique à Grenoble et dans le Dauphiné : avec dextérité, le patron vide une bouteille dans de petits verres ballon alignés sur le comptoir… et ce, sans en perdre une goutte ! Souvent, à la saison, le vin est un Coteaux du Lyonnais, un de ces « petits vins » fruité et velouté qui vous réconcilie avec les vins primeurs. En Beaujolais, on ne chipote pas, on pratique le « mètre de pots » (50 cl)…

Bien loin de ces excès, dans le temps, à Saint Pourçain (vins de l’Allier), le cabaretier posait sur le zinc un pichet de vin. Au moment de partir, il trempait une cordelette dans le pot. Le client payait en fonction de la hauteur de la coloration. C’était servir le vin « à la ficelle ».

Enfin tout çà, c’était au temps où le vin n’était mis au pilori. Ahrrr !!

Alors en buvant avec modération, ma p’tite Mona, je vous invite à boire un verre de Fixin 2007 de Pierre Gelin. Ce vin Bourguignon marqué de fruits noirs, est charnu et délicieux.

Vous avez aimé cet article? Partagez-le :
, , , , , ,

Vous avez surement entendu parler du fameux classement des vins de Bordeaux en 1855. Rappelons que Napoléon III organisa, cette année là, une Exposition Universelle et souhaitait présenter au monde la richesse de la production nationale.

Le syndicat des courtiers en vins de Bordeaux est chargé de la sélection des meilleurs vins. Ils s’appuient sur les prix de ventes constatés sur près d’un siècle.

Les vins du Médoc retenus sont divisés en cinq rangs : la liste des 60 vins, écrite d’une même main en avril 1855, commence par un premier cru : Lafite et se termine avec un cinquième cru : Croizet Bages. Une ligne est tirée semblant indiqué que le sort en est jeté et qu’aucune ligne ne pourra être inscrite. Depuis cette date, tout semble inscrit dans le marbre.

Et pourtant, il y a deux exceptions. Commençons par la plus connue : le passage de second à premier cru en 1973 pour le Château Mouton Rothschild.

Mais une autre modification mérite votre attention : sous Croizet Bages, et avant la ligne fatidique, a été ajouté avec une autre plume et en plus petit : « Cantemerle, Mme de Villeneuve Durfort, Macau ».(voir ci-dessous page 6 document original du classement de 1855)

Ces mots qui changèrent la destinée de ce Château furent écrits en 1856. Alors pourquoi lui et pas un autre ?
Et bien, tout simplement parce que la propriétaire présenta un dossier reprenant les prix de vente de son domaine que les courtiers ignoraient. En effet, depuis fort longtemps, les vins étaient exportés vers la Hollande sans passer par les courtiers de Bordeaux même si la production de 1854 venait de passer par les courtiers à un prix égal à celui des cinquièmes crus…

Ma petite Mona, allez donc chercher deux verres, nous allons tester le bébé de Madame de Villeneuve Durfort. Je vous ai ramené Château Cantemerle 2001…

Vous avez aimé cet article? Partagez-le :
, , , , , , , ,

Eugène Briffault est un journaliste gastronomique du XIX° siècle. Il a laissé un livre régulièrement publié depuis plus de 150 ans : Paris à Table. On apprend énormément de choses dans cet ouvrage sur ce que mangeaient nos ancêtres et sur leurs manières de se tenir à table. En ces temps, où le vin est mis à l’index par nombre de nos politiques, il est rafraichissant de lire qu’à cette époque :

En 1845, Paris a consommé plus de 1 million d’hectolitres de vin; 115 litres[1] environ pour chaque habitant. Cette quantité est celle du vin réel, et introduit légalement dans Paris; mais qui dira jusqu’à quel point se sont étendues la fraude et la fabrication. Le comité vinicole évalue à 500 000 hectolitres l’eau vendue pour du vin. Ce n’est encore qu’un chiffre probable. Paris a bu, en outre, 119 hectolitres de bière et 14 000 litres de cidre et de poiré. Les eaux-de-vie ont fourni à sa consommation 36 000 hectolitres, dans lesquels on comprend, il est vrai, les liqueurs et les fruits à l’eau-de-vie, les eaux de senteur, les vernis à l’alcool, et l’alcool pur. Nous pensons que les quatre cinquièmes de cette quantité doivent être attribués à la consommation de la bouche.

Ma Chère Mona, je vous propose un Armagnac du Château de Laubade. Le bas-armagnac 1990 est fondu, équilibré…


[1] Selon l’Insee, la consommation de vin était de 54,4 litres par habitant en 2008. Ce chiffre est contesté : il inclut la consommation des nombreux touristes. En ôtant ces achats,  la consommation réelle est estimée de 41 à 43 litres….

Vous avez aimé cet article? Partagez-le :
, ,